Je suis un poisson

Note pour plus tard : penser à dire à Machin qu’il explique à sa copine le principe du décalage horaire : 20h au Venezuela = 2h du mat en France. Et moi à deux heures du mat’, ça fait belle lurette que je dors… Le problème, quand on me réveille à deux heures du mat’, c’est que je ne me rendors pas, alors, je passe quatre heures à le haïr avant d’aller tout oublier dans le bleu.

Tous les matins, avec ou sans enfants, je me glisse dans l’eau bleue et chlorée. Tous les matins, je nage. Deux mille mètres, minimum, parfois un peu plus. Je nage et je suis bien dans l’eau.

Je me souviens de cette ancienne époque, où je nageais tous les jours, parfois, souvent deux fois par jour. Ma serviette n’avait pas le temps de sécher. Mon maillot non plus, mais c’était moins grave.

Je venais de me séparer de M-je ne sais plus combien, deux ou trois ? Allez, pour fixer les idées, appelons-le Marc pour plus de clarté dans le récit. Séparation avec pertes et fracas, puisque Monsieur avait « juste » déménagé pendant les quelques jours de vacances que j’avais pris à mes Vieilles Pierres.. « Juste »…

Mais là n’est pas le sujet. Pour oublier Marc, mon amie Jane (oui, déjà elle) m’avait conseillé de la rejoindre à la piscine où elle nageait en mono palme. La mono palme késako ? Simple des palmes, une palme à chaque pied, on bat des pieds, la mono palme : les deux pieds dans le même sabot, et on ondule. Ondoule ton corrrrps ! « Tu verras, m’avait-elle précisé, je sors avec un nageur super, un corps de rêve, the planche anatomique ! » « Moi, les planches anatomique, je m’en tape »

Son mec en question était ce que l’eau est à une piscine : indissociable de celle-ci. Sympas, gentil, beau corps, woué… Un peu court sur pattes, mais, bon, je n’étais pas là pour ça.

Je me souviendrais toujours de ce premier cours de mono palme, cet énorme engin qui vous transforme en sirène (woué, si je veux) en dix secondes, le temps de chausser la chose. Et cette sensation de glisse, de vitesse, de bleu tout autour. J’ai adoré. J’ai tellement adoré, que je ne me suis même pas rendue compte que le caoutchouc des chaussants avait brulé la peau de mes orteils…

Après ?

Après je me suis inscrite aux cours, deux fois par semaine. Un jour le copain de mon amie Jane m’a proposé de nous retrouver à la piscine. Pour nager. Je ne travaillais pas à l’époque, ou plutôt je travaillais sur ma thèse. J’avais donc un emploi du temps excessivement souple et adaptable. Il me donnait d’improbables rendez-vous devant la piscine (de taoutine les perpet’s) à 10h42 ou 9h23… C’est devenu un jeu pour moi que d’arriver à l’heure à ses rendez-vous, pile à l’heure…  et c’est comme ça que ça a commencé. Sans m’en rendre compte, j’avais rendez-vous avec un nageur, tous les jours à la piscine. Les jours où il y avait le cours de mono palme, je nageais deux fois par jour. Puis, je me suis retrouvée embrigadée dans les entrainements d’apnée –le véritable intérêt de le mono palme étant l’apnée en fait… Deux autres fois par semaine… Et ainsi de suite. Je passais de plus en plus de temps avec le nageur. J’appréciais ses conseils sur les « appuis fuyants », et sur la sensation de glisse. Sur la quête de l’effort moindre pour une efficacité maximale…

Un jour, ma copine Jane, nous a surpris dans les douches de la piscine. Taisez-vous, esprits lubriques, il ne se passait rien de mal ! Il était juste en train de me laver le dos… Nous nous lavions mutuellement le dos, sans arrière-pensée aucune. « Mais vous êtes en sembles !! S’est-elle écrié » « Mais non, tu te trompes… je lui ai répondu » Mais le mal était fait. Pour elle, je lui avais piqué son mec, et elle ne m’a plus reparlé pendant des mois avant de me dire « bah j’aimais pas trop sa façon de baiser, trop doux, et toi ? il te convient ? ». Pour lui, je crois qu’il voulait en finir avec elle, et que c’était une bonne occasion de passer à autre chose. Pour moi, je me suis dit « tiens, je n’avais pas remarqué, mais pourquoi pas… »

Deux ans. Oui, je suis restée deux ans avec le nageur. Alors forcément, j’ai appris à nager. On ne sort pas longtemps un poisson de l’eau… alors si on veut passer du temps avec le poisson, il fait se jeter à l’eau.

J’ai gardé le gout de l’eau, le gout de la glisse, de l’appui fuyant… Je nage peu en temps normal, j’ai ausssi gardé le gout aux créneaux privés… les lignes bondées me stressent… Alors en vacances, j’en profite.

J’ai (encore) copiné avec le maitre-nageur (pas mal foutu de sa personne, mais perd beaucoup de son charme dès lors qu’il est habillé…) (pourvu qu’il ne me lise jamais !) J’ai copiné, alors je viens nager tous les matins, avant les heures d’ouverture au publique. J’ai toute la piscine pour moi toute seule (et mes enfants), je choisi ma ligne et en plus je peux changer d’avis. Et je fais des longueurs, et des longueurs… Récemment, j’en ai eu marre de les compter. Alors j’ai demandé au maître-nageur de me faire des petits programmes. Je crois qu’il se prête au jeu avec plaisir. Je ne dis jamais non dans l’eau. J’aime l’effort aquatique, j’aime quand c’est dur, j’aime quand je récupère, j’aime pendant et j’aime après… Lui, je pense que ça doit l’éclater de me voir naager, et surtout de me faire faire ce qui lui passe par la tête sans jamais essuyer de refus. Bon compromis.

Mais où voulais-je en venir avec ce billet ? Ah oui, au sujet du bleu… Je tente de compter les carreaux de la piscine, mais il y en a beaucoup, trop. Je perds le fil, alors je recommence… encore et encore… c’est comme ça que je me retrouve à nager deux bornes par jour… et à être bien. Je suis un poisson.

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L’ex (Summun jus, summa injuria)

Et puis il fallait que ça sorte. Il fallait que j’en parle, que je verbalise cette histoire. Et son oreille attentive était là. (Merci pour ça, Toi !).
Pourquoi ce boulet de culpabilité ? Mais non tu n’as rien fait de mal…
Non, je n’ai rien fait de mal, ce n’est pas à cause de moi. Ce n’est pas à cause de moi…

Alors, je lui explique. Toute l’histoire. Depuis le premier coup de fil, le premier soir. Je le sens sourire à l’autre bout. Pour lui, c’était évident que l’histoire était engagée… Dès ma première réplique… Curieux qu’il le sache… Pourquoi ? Trop avenante, trop naïve ? Surement… Je suis du style à ne pas voir venir un éléphant dans un tunnel (éclairé, le tunnel, tous phares allumés l’éléphant) (on me dit dans l’oreillette que les éléphants ne portent pas de phares… ha… Voilà pourquoi…).

Ce qui m’attire chez l’ex, c’est cette impression de maîtriser, car je le connais… Je le connais par cœur, je le vois venir… Je sais qu’il est impulsif et coléreux, méchant parfois, sauf avec moi, enfin sauf la fois où… . Et pourtant il continue de m’attendrir, de me culpabiliser, de me complimenter… Certes, il y a ce côté égotique qui fait plaisir : ne pas avoir été oubliée, malgré le temps… Douze ans !

Sauf que… Sauf que moi, je suis passée à autre chose. Lui, il m’a cherchée dans une autre, qui n’était pas moi, qu’il pensait être une moi toute en douceur et tendresse… Mais ce n’était pas moi. Alors ça n’a pas marché. Forcément. Je n’y suis pour rien si son histoire n’a pas marché. Il ne cherchait pas une vraie histoire, il cherchait à reproduire quelque chose qui n’avait pu être.

Aujourd’hui encore, lorsqu’il me demande des nouvelles de mes enfants, je sens quelque chose de bizarre. « M’Eca, ils auraient été magnifiques nos enfants ! » s’exclame-t-il. Ton petit garçon est très beau… d’après les photos que tu m’as envoyé. « M’Eca, tu connais le parc Bidule ?
– Heu… oui…
– On pourrait s’y donner rendez vous pour jouer au frisbee !
– Heu… comment dire… au risque de te paraître pas drôle du tout, je ne joue pas au frisbee…
– Mais si, on s’y retrouverait avec des potes, tu pourras venir avec tes enfants, et on ferait un pic nique !
[Alerte rouge !! Alerte rouge !! à aucun moment il ne parle de mon mari, à quoi joue-t-il ??] Un pic nique ?
– Mais oui !…
Et le voilà qui s’emballe, je ne l’écoute plus, je suis dans mes pensées atterrées : Pourquoi veut-il que je vienne avec mes enfants, qui ne sont pas à lui (et sans leur père), à un pic nique pourri dans un parc minable, avec ses potes borgnes ? Pour générer un ersatz de famille qui n’est pas la sienne ? Pourquoi ne cherche-t-il pas plutôt à faire ça avec son petit garçon et son ex compagne ?

Ah, oui, parce qu’elle n’est pas moi… La pauvre, elle ne connait pas sa chance !

Hier soir, un texto de sa part. Je n’ai pas répondu.

L’ex (lex –dura lex sed lex)

Il y a des choses qu’on a envie d’entendre et quand on les entend, on n‘est plus aussi content que ça.

Hier après midi, appel manqué de mon ex. Curieux. Voilà bien deux ou trois semaines que je n’ai plus de nouvelles. On devait se revoir, pour un café, on devait se rappeler « mardi » ou « la semaine prochaine » et puis je ne l’ai pas fait, lui non plus…
Je le rappelle deux heures plus tard. Il prend des nouvelles de tout le monde, de moi, de comment je vais, de où je suis, de mon moral etc etc … Le temps passe et j’ai des choses à faire, je lui propose de le rappeler « plus tard ».

« Non, pas plus tard, ce soir… si tu veux »  ajoute-t-il
–          Ok, je couche les petits et je te fais signe…

Trois heures plus tard, on a revu et corrigé les multiples raisons qui ont fait que ça n’a pas marché entre nous… Oui, j’étais méchante, et non, je ne l’aimais pas, mais il était décoratif… Par contre je n’arrive pas à me souvenir si c’était un bon coup. Si je ne me souviens pas c’est qu’il n’y a rien à se rappeler, ce n’était pas un bon. « Mais si souviens-toi tu hurlais sous mes coups de rein… » Bin oui, je voulais que ça s’arrête… « salope… » Il l’a dit presque comme un mot d’amour. Je souris, mais je grince des dents. A quoi joues-t-il ?

« Après toi, il y a eu la mère de mon fils. Mais après toi, ça ne pouvait pas marcher »
–          Ha bon ? je t’ai traumatisé à ce point ?
–          Au contraire…
Il boit. « Que bois-tu ? »
–          Un mélange….
–           … ?
–          6 centilitres de whisky, avec de l’eau minérale et du jus de pamplemousse rose…
–          Hum… et ce ne serait pas meilleur de boire juste du jus de pamplemousse coupé d’eau minérale ?
–          Mais non…
Il fume…

Il est saoul. Il devient pâteux, il se souvient de nous. Il devient déplacé, se souvient de mon minou qu’il adorait dévorer à pleine bouche, de mes seins, des positions improbables qu’il me faisait prendre, de mes cris. Je me souviens de pas grand-chose. Je crois que je n’aimais pas la façon qu’il avait de me baiser. C’est pour ça que je n’étais pas amoureuse. Je me souviens que je ne voulais pas qu’il reste dormir chez moi, je me souviens que je ne voulais pas qu’il s’installe chez moi, que passer un week end avec lui était une contrainte. Je me souviens qu’il se voulait protecteur, et que je ne voulais pas être protégée. Je me souviens qu’il se voulait donneur de leçons, et que je n’avais aps de leçons à recevoir de lui.

Je me souviens de la fin. De la fois où il m’a tapé, et je me suis retrouvée à terre à trois mètres de lui, un peu sonnée, et complètement interloquée de se qui se passait. Je me souviens de m’être relevée, et avec un calme dont je ne me croyais pas capable, lui avoir dit de rassembler ses affaires et de quitter mon appartement. Je me souviens d’avoir pleuré longuement, pas pour lui, mais d’un certain soulagement.

On aurait dû rester amis. On n’avait rien à faire l’un avec l’autre. Si ce n’est se détruire. Mais il y a eu ce truc. Ce truc qui fait qu’on est d’une certaine manière « pareils » mais dans des mondes différents. Ce truc comme une magie qui opère encore dangereusement aujourd’hui quand on ne se voit pas et qu’on parle calmement, qu’on rigole, que nait cette complicité, cet accord, quand on est loin l’un de l’autre, quand on n’a pas l’intention de se voir, se revoir, se fréquenter.

Non pas de café entre nous, pas de resto, pas de rendez vous douze ans plus tard… Je préfère le penser bourré à point pour justifier ses déclarations, je préfère oublier le son de sa voix qui envoûte, je préfère le croire sous l’emprise de l’alcool et de l’oubli quand il parle de mes seins. Je préfère me souvenir des mauvais moments pour ne pas oublier que ce n’a jamais été possible entre nous.