Une bulle

Je voudrais être dans une bulle. Fichez-moi la paix !

 

Il me gonfle, il me gonfle. Il est morose, chiant, pénible. A peine quelques jours ici, et déjà il me gonfle. Il a viré la femme de ménage, mais pas son bazard. Sous prétexte qu’il travaille, qu’il a du boulot, je devrais être sa bonne, sa nounou, sa cuisinière, sa repasseuse, sa jardinière. La responsable du classement de ses papiers, sa conseillère, celle qui organise les sorties et les vacances, celle qui s’occupe de la révision de sa voiture, et de son contrôle technique…. et sa femme, son amie, sa maitresse. Sa maîtresse, j’ai pas envie.

Il me saoule, il me saoule.

Il invite ses copains, je dois gérer les courses, et la bouffe, le vin et les grillades. Me souvenir que Pierre ne mange pas de tomates, et que Pauline n’aime pas les poivrons. Jacqueline est enceinte, et ne mange plus de crudités, son compagnon n’aime pas les fraises, et Fabien ne mange pas de fromage… Ha bon ? On ne peut pas faire de raclette – salade de fraises ? Bin non. Ni de poivrons grillés, ni de tomates-mozza… La prochaine fois, on va au resto, et chacun prend ce qu’il aime. Ou chacun vient avec son Tupperware… autre concept du pique-nique.

Il gueule sur les mômes, mais s’ils font des conneries, c’est de ma faute, après tout c’est moi qui m’en occupe, qui les éduque. Donc s’ils font des conneries, c’est que je les éduque mal. Une évidence, je suis une mère laxiste. Et en plus j’ai une vie à part la chair de ma chair… Mère indigne ! J’ose avoir une vie, essayer d’en avoir une.

 

J’en ai marre.

Il y a des jours, la vie de couple, ce Graal, bin je le donnerai bien à qui n’en veut. J’échangerai bien mari, maison, enfants, contre deux semaines de liberté, sans mari, sans maison, sans enfants. Surtout sans mari. Surtout sans mari stressé par un boulot qui le stresse, qui l’angoisse, qui le bouffe. Deux semaines…

Je viens de passer deux mois sans mari. Sans mari, hormis une trois jours pour le 14 juillet, quatre jours pour le 15 août, et le week end avant la transhumance de rentrée… Autant dire deux mois seule. Seule avec les petits. Les petits pas si petits. Alors ? Alors c’était bien. Quand il est arrivé, on s’est demandé eux et moi pourquoi est-ce qu’il criait quand ils courraient dans la maison, ou pourquoi on n’avait plus le droit de gouter à la piscine, ou pourquoi, encore, on ne pouvait plus aller se baigner à la rivière après 18h, se coucher tard, attendre l’heure bleue… Pourquoi ? Ha oui, parce que c’est bientôt la rentrée, et qu’il faut reprendre le rythme… Ha le rythme… dans ce cas pourquoi le perdre alors ? autant garder celui de l’année scolaire… à quoi bon les vacances ?

 

Je m’égare.

J’en ai marre.

Une semaine, et j’en ai marre.

Seul point positif, je me suis trouvé un cours de natation. Le soir, tard… comme ça au moins il n’aura pas à râler parce que mon activité n’est pas compatible avec son travail et les enfants…

« maman, va nager, et nous on fait quoi ?

–          Je suis là pour vous garder, ne t’inquiète pas, je fais la nounou…

–          …

(pour une fois, j’ai envie de dire… mais je me tais, je tape juste comme une folle sur mon clavier, et j’ai les yeux qui piquent)

 

Une bulle.

Mettre le baladeur sur les oreilles et aller nager, aller courir, aller au diable.

Oui, voilà, je vais au diable.

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La femme à deux têtes

Note pour plus tard : penser à demander à Machin de reprendre du service en tant que coach, les objectifs étant stagnants, le besoin de conseils se ressent. Et ce n’est même pas le prix à payer pour mes insomnies, pardonnées d’ailleurs.

 

Il est toujours un moment dans l’été, où on finit par céder à la débilité des tests des magazines féminins.

Il pleut, les enfants montent une citadelle de lego, et Marie et moi enchainons tasses de thé et pauses pipi. Vert le thé, car il est plein d’anti oxydants, et les anti oxydants, c’est bon pour ce qu’on a.

Quel est votre fantasme caché ? Heu… je mange des glaces, je chantonne « vas-y Franky c’est bon… » — hymne des apnéistes associés, je mets un maillot de bain fleuri, je matte mon voisin (qui peut me voir…), il m’arrive d’oublier ma culotte… et et … et voilà que « je suis une femme avec deux hommes » ! « Hédoniste, vous vous donnez au soleil et au caresses et n’y voyez que le mâle »… J’aime le niveau des pigistes des féminins de l’été…

Je plonge le nez dans le thé vert et les souvenirs reviennent. J’aimais l’été dernier ces relations ambigües et complices avec mes amis d’enfances. Cette connivence rapprochée que leur moitiés ne peuvent comprendre. (Que « sa » moitié en fait, car parmi les deux autres : un divorcé, et un célibataire).J’aimais l’été d’avant les jeux border line avec X1 qui stimulaient ma libido avec mon mari, pour son plus grand plaisir (enfin, jusqu’à ce qu’il tombe sur un mail un peu étrange qui a largement retenu son attention…)

Cet été, j’aime la complicité qui s’instaure avec le maître-nageur. Il commande, quand je suis dans l’eau. Hors de l’eau, je me rebiffe. Je sens que ça jase dans les couloirs de la piscine. Le maître-nageur est un maître cœur à prendre, je suis un cœur pris, sauf que ça ne se voit pas.

Entre temps, il y a eu l’Autre… No comment, il y a encore. Parfois.

Je suis une femme à deux hommes, un dans mon lit, un autre dans ma tête. Un déjà séduit, l’autre à conquérir. Celui conquis me donne l’assurance en moi qui me permet de séduire l’autre. Celui à conquérir, inspire mes rapports avec celui qui est déjà conquis. C’est ambigüe et simple à la fois. Le tout est de ne pas le blesser Lui. Espérer qu’il ne s’en rende pas compte serait se moquer. Il le sait. Plus ou moins. Il se doute. Il en prend son parti. Au final, ce qui compte c’est que je sois là, toujours là. Ce qui compte c’est que j’ai toujours envie de lui. De plus en plus, en dépit du temps qui passe, en dépit des corps qui changent, en dépit des grossesses et des nuits blanches. Alors qu’importent les relations annexes, virtuelles ou réelles. Qu’importe si j’aime séduire, puisque qu’il n’y en a qu’un dans mon lit (ok, j’avoue, je rêve parfois à ce qu’ils soient deux), toujours le même. Depuis dix ans. Non, je ne dérape pas, j’aime juste me faire peur. Pas plus.

Fête de la musique

Quelle super soirée, merci les amis ! J’ai vraiment passé un moment extraordinaire !…. …. …. (combien de temps à l’avance faut-il s’y prendre pour une résa à la Tour d’Argent ? Non, parce que septembre, ça va vite être là ! …. …. ….)

Ce n’étais pas gagné : trouver une baby sitter le matin même pour le soir de la fête de la musique… Mais, ma petite voisine était partante pour se faire un peu de sous avant les soldes…  Mon mari qui devait prester à l’autre bout de la région parisienne était rentré miraculeusement tôt. Pour une fois, tout était calé. Même mes cheveux étaient dociles pour une fois et ne rebiquaient pas.

J’avais le plan et l’adresse du parking le plus proche. Le diner des enfants cuisait doucement –diner… on pourrait croire que je leur préparais de la blanquette de veau, mais ceux qui me connaissent savent qu’il s’agissait en fait de tagliatelles-poisson carré, et la petite voisine allait sonner d’une minute à l’autre.

Tout était parfait. Absolument parfait ! –pour une fois…

Et puis il a suffit d’un coup de fil. Un truc pas très clair, un truc au sujet de mon identité secrète (oui, c’est comme dans les Indestructibles, Élastique Girl a une identité secrète…) (oui, on a les références qu’on peut quand on a des enfants en bas age…). Un truc qui mettait en balance d’un coté mon « identité secrète » et de l’autre la possibilité pour un ami d’enfin « rencontrer » la « femme de sa vie » (lol, j’ai envie de dire, LOL, LOL LOL LOL !!!) Le tout à la sauce « Plan Cul » et échanges de mails compromettants… Oui, oui, on nage en plein mystère… Non, nous ne sommes pas dans le dernier Tarantino, quoi, que…

Alors, soudain je sens une énorme fatigue me gagner. Un peu comme si mes jambes devenaient toutes molles (et non, ce n’est pas que à cause de la cellulite). Et puis un « à quoi bon », un « à quoi bon tout ça ? »… « Vas-y, je m’en fiche… fais comme tu le sens…  Et puis au fait… pour ce soir, ça va pas être possible… Mon mari est fatigué, on va rester love to love devant la télé… ou sortir dans le coin… »

Mille mercis en deux secondes plus tard, je suis dans la cuisine, le portable à la main. L’eau des pates bouillonne, et…  j’ai une baby sitter qui ne va pas tarder, et plus de soirée à l’horizon…

Le mari, Lui, s’est motivé : « Alors, il joue où ton pote ? »

–          Place de la mairie !

–          Ha bon ? notre place de la mairie ?

–          …

Ta gueule, j’ai envie de dire « ta gueule », mais je ne dis rien. Je ne dis rien car je connais le refrain au sujet de « mes amis ».

Alors, la Fête de la musique dans  ma banlieue, en un mot comme en cent, c’est nul. Des ados massacrent des morceaux qu’on a du mal à reconnaitre, et qui nous brisent le cœur quand on les reconnait tellement c’est massacré.

Alors, on boit un verre au café du coin. Il essaye de savoir pour quelles raisons la soirée est tombée à l’eau en un coup de fil de trois minutes, mais je n’ai pas envie de lui en parler. Il me propose d’aller faire un tour à Paris, mais je n’ai pas envie de bouger.

« Il y a Taratata à la télé, si non… »

–          Chiche ! (ce ne peut être que mieux)

Alors on rentre chez nous. La baby sitter n’aura que dix euros pour aller faire ses soldes… Elle ne risque pas de transfigurer sa garde robe… Merci qui ?