Archives Mensuelles: avril 2013

Siegfried m’a tuer

Après trois séances d’opéra, il était devenu clair pour moi que ce n’était pas mon trip. Même si les Walkyries ne s’étaient pas trop mal passées – place en hauteur, personne devant, vue sur l’orquestre…
Ce jour là, je venais de rentrer de vacances, fatigue non résorbée du voyage (oui, je suis capable de rentrer de vacances plus fatiguée que je ne suis partie, du moins dans ma couenne, parce que dans ma tête ça a été un vrai bol d’air), mauvais jour (jeudi=piscine)… Bref, zéro envie de sortir, encore moins envie de partir à 16h30 de chez moi, laissant le soin a la voisine de gérer sortie d’école, activités, devoirs dîner et coucher des petits… Zéro envie de me taper quatre heures d’ennui.
Oui, d’ennui. Car, voyez vous, à l’opéra, je m’ennuie. Après avoir passé le premier quart d’heure a scruter la salle, décortiquer comment sont habillées les femmes, leurs pompes, leur sac a main… (Les hommes, c’est plus banal : il y a ceux en costard cravateras se partout, et ceux en jeans chemise, jeunes habitués informels). Bref, premier quart d’heure à mater, deuxième quart d’heure a regarder la scène, et les décors spartiates –heu… épurés, voire décalés ? Typiques de l’opéra Bastille en fait. Bin, je commence à m’ennuyer ferme.
Impossible de trop bouger sur le fauteuil, même si je ne suis pas de celles qui font du bruit. Étonnant d’ailleurs tous ces gens qui toussent, ou reniflent. Il ne faudrait pas que j’attrape la grippe… Étonnant le bruit de fond. J’ai souvenir, petite, de mes parents m’ayant emmenée à un concert classique, me recommandant de ne pas faire le moindre bruit. Je n’avais p bougé d’un pouce, respirant tout doucement pour ne pas trouble le silence. Il n’y avait aucun bruit, rien que la musique. Publique respectueux.
Ce n’est pas le cas à l’opéra Bastille. Et ça fait partie des choses qui m’ont énervée. L’irrespect des gens.
Bref, après tout ça, je matte l’heure discrétos. Ça prend plusieurs minutes de distinguer les aiguilles de ma montre dans la pénombre… Une demie heure est passée… Encore une heure et quart avant le premier entracte… C’est désespérant.
J’essaye de m’intéresser a la scène : deux mecs se donnent la réplique dans un décors post apocalyptique. Je rêve ou ce sont des plants de cannabis sur scène ? Non je ne rêve pas. Je passe dix minutes a essayer de voir si ce sont des vrais de vrais, ou si ce sont des plantes en tissus.
Enfin, premier entracte, quarante cinq minutes. Coupette de champagne et sandwich club maison –truite bio fumée, ras le bol du pain-brioché-foie gras vendu deux euros le centimètre (il en fait huit, de centimètres le casse dalle… Et c’est même pas du bon foie gras…). J’ai prévu le casse dalle maison parce que j’ai bien vu que les habitués ramènent leur jambon-beurre…
Le deuxième acte est tout aussi chiant que le premier. Je pense à mon cours de natation que je suis en train de louper, et fait quelques longueurs mentalement. Puis je ne replonge dans ma prochaine valise de vacances. Oui, je rentre de vacances, je pense déjà aux prochaines… Envie de robe en dentelle blanche… Oui, l’envie vient de là…
Tiens, il y à plus de monde sur scène. Des hommes nus (nus ?) déambule en file indienne… Métaphore du dragon… Je passe le quart d’heure suivant a déterminer si oui ou non ils sont nus, s’il n’y a pas comme un collant par dessus… Non, ils sont nus, d’une plastique pas terrible en plus… J’imagine bien le gars expliquer à ses copine : oui, je suis figurant à Bastille… (Et je passe dix minutes a faire la chenille sur scène, …à poil…), super !
Je trouve le temps long, je ferme les yeux. C’est la chute de tête qui me réveille en sursaut… Siegfried vite de couper la tête de son père le nain, qui n’est pas son père en fait… C’est long, j’ai chaud. Ils ont du monter le chauffage pour les mecs à poil qui attendent assis au fond de la scène avec leur mitraillettes en plastique. Ha ? Je ne vous avais pas parlé des mitraillettes en plastiques ? Encore une métaphore pour bien comprendre que le dragon, il est méchant…
Ça me saoule. Ma montre indique que le second entracte ne devrait plus tarder. Je me désespère de perdre mon temps ici. Je me désespère de ne pas apprécier le cadeaux que mon chéri m’a fait. Je craque.
C’est les larmes aux yeux que je sors la salle à l’entracte. Refuse la coupette de champ´, je sens bien qu’elle n’arrangerait pas les choses. Pas envie de me saouler… (Oui, je suis une fille économique : deux coupettes de champagne, et je suis bourrée…). Je m’accoude à la balustrade, regarde dehors. Il fait nuit, il est dix heures passées. Dehors la colonne de la Bastille est éclairée d’une lumière jaune. Les pavés de la place brillent sous le crachin. Il pleut. J’ai envie de rentrer. Juste en bas, île file de taxis attendent la fin de la représentation. La fin de la représentation… Le troisième acte. Je sais déjà ce qui s’y passe, j’ai lu l’histoire avant de venir, histoire de savoir de quoi ça parle quand ils chantent en allemand… Le troisième acte qui dure encore p,us d’une heure et demie… Comment lui dire que je me sens courage-zéro pour attaquer une heure et demie de valise mentale ou de sieste silencieuse dans l’inconfort et la chaleur de la salle ? Soudain, je n’ai pas envie de me coucher tard, même s’il est déjà tard… Soudain, je n’ai qu’une idée en tête : rentrer chez moi…
C’est alors que ma bouche articule un : « Tu sais ce qui me ferait vraiment plaisir là ?…. »
– Rentrer.
– Oui…
– Bon, bin va chercher tes affaires, on y va !
– Nan mais toi, tu as pas envie de partir… (Je me sens mal de lui faire rater la fin, mais en même temps cette heure et demie restante me semble si insurmontable…) Je vais prendre un taxi…
– Non, on rentre …
Il a quand même dû me le répéter quatre fois… Mais la tentation était bien trop forte… On est partis.
Il n’a pas desserré les dents une seule fois sur tout le trajet du retour. J’ai balbutié un vague « merci » doublé d’un « désolée… »
Me suis sentie une vraie sous-merde aussi.
Siegfried m’a tuer.

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11avril

Au début de notre relation, et jusqu’à genre deux ou trois ans de mariage, on fêtait chacun de nos moisiversaires. –en écrivant ce mot, je me rends compte à quel point le terme est pourri, il fait moisi… Alors qu’il s’agit de mois-et-anniversaire…
Bref, nous nous sommes connus un 11 avril.
Subsiste le doute : le 11 avril est ce le jour où on s’est rencontrés pour la toute première fois, ou est ce le jour où on a baisé pour la première fois ?
Lui me soutien que nous nous sommes connus un 11 mars… Chose tout a fait improbable, puisque je me souvient y parfaitement que cette année là j’étais partie au ski quinze jours en mars pour panser d’autres peines de cœur… Totalement impossible donc pour moi que nous nous soyons connus a cette date… Non, non, c’était bien un 11 avril…
Par contre, est ce le jour du premier regard, celui du premier baiser ou celui où on a été « en couple » aka après la première baise, je ne saurais plus le dire.
En tous cas, ce soir, c’est fête !

(Pour l’anniversaire de mariage, on a moins de soucis, la date est gravée dans la bague… Enfin, sauf qu’à nos dix ans de mariage, j’ai upgradé mon anneau en or par un tour en diamants… Où il n’y a rien d’écrit…)

Siegfried ou la Chose promise….

L’autre jour on a été à l’opéra. A Bastille. (Notez que le lieu de l’opéra est d’importance, je ne crois pas que les choses se seraient passé de la même manière à Garniérite. Question de mes en scène.)
L’autre jour, on a encore été à l’opéra.
Oui, le « encore », ça sonne tout de suite beaucoup moins glamour.
L’autre jour, on a encore été à l’opéra. C’était la quatrième fois de ma vie. La quatrième fois en huit mois.

Il y a un paquet d’années, au tout début où j’ai connu celui qui depuis est devenu mon mari, il m’avait promis m’emmener à l’opéra. Une promesse sous forme de consolation, sous forme d’excuse presque. Une promesse lancée un jour où je lui proposait un ciné, ou un restau. Une promesse, par ce qu’il ne pouvait pas ce jour là, parce qu’il allait a l’opéra. Avec une copine de surcroît ! « Mais oui, je t’emmènerai à l’opéra ! » Promis ? Mais oui…
Les années ont passé, on s’est mariés, on a voyagé, on a eu un enfant, puis un autre, bébés, petits… Et le temps s’est écoulé sans que jamais il n’ai eu le temps, l’occasion, l’envie pour moi (entre un concert de Muse et le Barbier de Séville, mon cœur ne balance pas !). Bref, douze ans ce sont écoulés depuis sa promesse, et point d’opéra ! Comme je suis une garce, a chaque anniversaire de mariage ou de rencontre, je ne manquais pas de lui rappeler sa promesse non tenue.
Et puis l’an dernier, il nous a offert un abonnement à l’opéra : toute la série du Nibelungen… Wagner… Quatre opéras de quatre heures chacun…
Pour moi qui aie du mal à rester assise deux heures de suite au ciné… L’épreuve !

Enthousiaste au premier épisode, je vous raconterai comment j’ai déchanté. Jusqu’à affirmer haut et fort que Siegfried m’a tuer.
Mais point trop n’en faut en une seule note. Je sais d’expérience à quel point l’opéra peut être indigeste, et Wagner tout particulièrement.