L’amour est dans le pré

Non, ne partez pas, je ne vais pas vous parler de tout le mal et du peu de bien que je pense de cette pathétique émission accentuant le voyeurisme exacerbé de chacun de nous. Regarder les cas désespérés nous amuse et nous rassure : « on n’en est pas là quand même…ouf ! » Regarder la poutre dans l’œil du voisin fait toujours oublier la paille qui est dans le sien…
Non, je ne vous parlerai pas de l’émission, d’autant plus que je ne l’ai pas regardé une seule fois cette année… Pas même en rediff’, pas même pour bitcher sur les caricaturaux avec des potes…

Non, rien de cela… Si ce n’est que j’introduis ma conclusion.

Ici, il y a une allée qui mène à la maison. Au bout de cette allée, un portail sépare notre chez nous du reste du monde. Parfois, ou souvent, le soir, selon si j’y pense, ou si on a le temps, l’envie etc… on ferme ce portail.

Hier soir, j’ai eu la lubie de fermer le portail. C’est un peu la balade du soir, la dernière avant l’heure bleue, celle où les ombres s’allongent, et les herbes folles commencent à grouiller. Les enfants y vont en vélo, moi à pied.

Il fait chaud. Il a fait chaud toute la journée. On s’est beaucoup baignés, ma robe est légère et mes cheveux ont frisé, mode tignasse on.

Alors que je suis en train de pousser le premier battant, un tracteur s’arrête devant moi, un énorme tracteur rouge, attelé d’un de ces gros machins pour mettre les foins en rouleaux. Sur le coup je me demande s’il ne veut pas faire demi tour ou descendre le petit chemin qui même au bord de l’eau et qui dessert le pré –notre pré, et qui a été fauché il y a deux jours.
Et là, mon neurone synapse, mais oui, c’est monsieur Monprè (j’ai une anecdote là dessus, mais un autre jour…) ! Monsieur Monpré à qui on donne notre herbe pour peu qu’il la fauche…

Monsieur Monpré est descendu de son engin et s’approche de moi, j’ai toujours le portail en main, pour me donner une contenance. J’ai bien conscience qu’avec mes cheveux hirsutes et ma robe trop légère je n’ai pas trop la crédibilité de la digne mère de famille…
– bonjour ?….
– bonjour… Je suis Monsieur Monpré…
– oui, je sais…
– on s’était déjà rencontrés, je ne savais pas si vous vous souveniez de moi…
– si si, à cause des vaches qui s’étaient sauvé dans mon jardin…
– oui…
Il a l’air confus. À l’époque, je m’étais retrouvée nez à nez avec une vache alors que je somnolais sur mon transat… Ne sachant pas à qui elles pouvaient bien appartenir, j’avais appelé les gendarmes pour qu’ils en trouvent le proprio… Oui, je suis comme ça moi, une vraie pétasse de la ville…
Oui, quand j’y pense, j’ai un peu de passif avec Monsieur Monpré…

– vous allez remettre les vaches ?
– pas tout de suite, quand l’herbe aura repoussé…
– il faudra pas y mettre le taureau, parce qu’on va s’y baigner nous à cet endroit…
Il rigole gauchement…
– enfin, vous passerez nous voir à l’occasion…
Qu’est ce qui m’a pris de dire ça ? Juste parce que je ne sais plus quoi lui dire, une manière de prendre congé…
Il a les yeux bleus clairs et la peau burinée…
Je ne sais pas comment on en est venus à parler des enfants, qui sont en vacances, qu’il faut occuper, du fait qu’ils grandissent… Et du fait qu’il était seul depuis que sa femme était partie.
– je suis divorcé maintenant me dit-il.
Woué, et qu’est ce que tu veux que ça me fasse j’ai envie de lui dire ! Mais je suis une fille polie, alors je dis : « ha bien ça arrive… Un couple sur deux… »
Il n’a pas bien du comprendre que l’autre couple, celui qui n’a pas divorcé, c’est le mien… Ou alors c’est la chaleur du jour, ou la transparence de la robe, la profondeur du décolleté. Son regard me dérange, j’ai l’impression qu’il voit à travers le tissus… Il n’a pas envie de partir, mes enfants ont filé vers la maison, j’aimerai bien finir de fermer ce portail, et arrêter de me faire bouffer des yeux par les moustiques.

Il me demande si je m’en sors toute seul avec cette grande maison, je m’entends dire que ce n’est pas toujours facile… (connasse!) que les gens n’ont pas envie de bosser, ou alors qu’ils n’y connaissent rien, ou coûtent un œil et un rein… (mais ta gueule M é !!!)

– vous savez, si vous avez besoin… Maintenant que je suis seul… Une femme comme vous…
– (heu, mais de quoi il parle ? Moi de l’entretien de mon toit en lozes… Pas lui apparemment) Bah, j’ai Machin de Bchx qui me fait bien des petites choses, mais pour suivre le toit par exemple, ce sont des travaux majeurs…
– oui, je le connais bien…
Bon ok, tu le connais, je le connais, tu te casses maintenant ? On a causé, tu m’a saluée, maintenant tu vas garer ton tracteur à ta maison, et tu me laisses dans la mienne ! Mais non, c’est pas ce que j’ai dit… J’ai dit : « bon…. »
J’ai dit : « bon allez, ça m’a fait plaisir… À un de ces jours alors ! »
Il a ajouté : « vous restez jusqu’à quand ?
– tout l’été ! Pour pourrez passer voir mes parents en août !
– bon, alors je passerai vous voir, à bientôt !
J’ai fait un signe de la tête et j’ai fermé mon portail, il est remonté sur son engin, mais il n’est pas parti tout de suite, je pense qu’il m’a regardée remonter l’allée.
Ce n’est que bien plus tard que j’ai pris conscience de la transparence presque indécente de la robe…

Ce n’est que bien plus tard que je me suis dit que cette émission, l’amour est dans le pré, ça n’avait pas fait que du bien dans les campagnes.
Non, pas que du bien. Pour une douzaine de paysans qui passent à la télé avec leur quad digne d’Indiana Jones dans Alerte à Malibu, t’as tous les ploucs du coin qui se sentant pousser des ailes, se disent que finalement, ils troqueraient bien leur fermière pour une jolie petite madame de la ville en quête de mains calleuses (dédicace, mouhahaha) et d’odeurs fortes pour sensations exotiques sans quitter le terroir. Ainsi, le petit gars qui aurait pu être le plus heureux des hommes, avec sa Ginette, et ses vachounes se dit que finalement, il peut tenter sa chance avec la citadine esseulée oubliant qu’on ne mélange pas les veaux et les cochons (proverbe local). Un peu comme si la fille de la ville n’attendais que lui pour se faire culbuter dans la grange sur les ballots de paille à peine coupée !
Mais comment peut-il s’imaginer une minute que la fille de la ville ne sait pas que la paille sous les fesses ça pique et que s’y faire culbuter n’est pas sans risques d’égratignures ?
Comment peut-il imaginer une seconde que j’ai pu lui faire des avances ? Comme si on ne pouvait plus se promener à moitié nue chez soi…

Bref, je sens que j’en ai perdu quelques uns…
Demain, je redeviens érotique ^^
LoL

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12 réflexions sur “L’amour est dans le pré

  1. Cristophe dit :

    Et c’est dans la nuit que monsieur Monpré revint, dans un rêve interdit aux mineurs.

  2. Quelle idée de l’exciter ce pauvre monsieur, après forcément ça le travaille ! :p

    • M'é dit :

      Nan mais il faut arrêter de s’exciter au moindre bout de peau entr’aperçu ! C’est l’été, les corps se dénouent, il faut s’y faire !

  3. Quadramatique dit :

    Parfois, la jolie petite madame de la ville succombe aux mains calleuses du rustre paysan: http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mec_de_la_tombe_d%27%C3%A0_c%C3%B4t%C3%A9

  4. KféClop dit :

    Quelle drôle d’idée que de racoler les tracteurs en mettant des robes transparente !!!
    Finalement, je vais peut être changer d’avis et aller m’installer à la campagne, j’aurais peut plus de chance de croiser la fille de la ville qui me manque… Et si elle est en tenue transparente, avec décolleté, je crois que j’ai des chances d’apprécier :p

    • M'é dit :

      Il n’est pas interdit d’apprécier, c’est sur la consommation où je suis plus retissante … ^^
      (j’ai un truc rapport aux mains en plus:-))

  5. caloulaframboiz dit :

    Il me semble que tu fais de drôles de rencontres pendant ces vacances ^^^^, par contre même si t’es pas convaincue, la fille de la campagne te dit qu’on peut rencontrer des gens très bien à la campagne :-)))

    • M'é dit :

      Je fais peu de rencontres « drôles » c’est bien pour ça que j’en parle… Si non, bien sur qu’il y a des gens très bien à la campagne, c’est juste que certains mecs (de la campagne ou d’ailleurs) se sentent parfois pousser des ailes… Surtout quand on ne mentionne pas un homme dans sa vie à la deuxième phrase…. (dixit un homme ailé)

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