L’amour commence par une métaphore

Je ne sais même plus quand est ce qu’elle a fait irruption dans ma vie. Certainement pas le jour où il m’a dit, « ok, je m’inscris sur meetic » (un clic tu niques, copy right inside…). Ni le jour (le lendemain peut être) où il m’a dit « y’a une nana qui me flash… », comprendre « trop cool, j’ai pécho »… A la base, je lui avais conseillé de multiplier les « contacts » –aka plans culs, pour oublier l’affront de celle qui l’avait quitté. Sauf que l’histoire ne s’est pas écrite ainsi. Elle est petit à petit entrée dans ma vie.

Je passe sur la période où je ne la connaissais pas, enfin pas vraiment, enfin pas en vrai. Les coups de fils pour savoir qui j’étais, et surtout qui il était, ne comptent pas.

Tout a commencé avec elle, le jour où lui a voulu mettre une fin. Le jour où à force de douter de sa réalité, il ne lui a plus resté d’autre choix que de débarquer dans ma vie. Le jour où plus personne ne l’attendait, à l’heure forcément la moins appropriée.

Depuis, tant d’eau a passé sous les ponts, que je ne me sens pas capable de tout récapituler. Il l’a d’ailleurs très bien fait, tellement bien fait qu’il va certainement remporter le prix Femina du coup de cœur du premier bouquin…

–          Bon et si tu arrêtais de tourner autour du pot ? What’s the point ?
–          En fait, oui, je tourne autour du pot, parce que j’ai besoin d’écrire…
Je suis choquée, éberluée, hallucinée de ma journée d’hier…
–          Et si tu reprenais depuis le début ?
–          C’est bien ce que j’ai essayé de faire, mais c’est bien trop long!
–          Non, mais pas le début-début, ça on s’en tape. Le début de la journée d’hier serait déjà un bon début.
–          Alors va pour la journée d’hier…

J’ai d’abord été prendre un café chez Machine.

–          Ça on s’en tape…

Puis, je suis rentrée chez moi avec l’idée de me coucher et dormir jusqu’à 16h27… Mais je me suis rappelé qu’à un moment donné, il faudrait que j’aille à la pharmacie. Impératif.

–          Heu, on s’en tape aussi non ? et si tu en venais aux faits ?

D’accord, les faits, inspecteur. Les faits c’est son appel à midi moins dix pour qu’on déjeune ensembles pour une obscure raison. A la lueur des explications, il s’avère qu’elle souhaite que je sois là pour déjeuner avec lui. D’où l’invit au dernier moment… Elle doit avoir peur de se faire violer en plein resto, ou alors un plan à trois ? Dans le doute, parce qu’on ne sait jamais, j’ai pris avec moi au fond de mon sac Vuitton un grand chandelier en faux-argent-massif histoire de ne pas avoir à tenir la chandelle tout le temps et pouvoir aussi manger.

–          Tu t’égares là non ?
–          Oui, un peu…
–          Et c’est quoi ton sac Vuitton ?
–          Ha tu vois, que c’est primordial ! Le Neverfull Damier en M, parce que le grand est trop grand…
–          Bref, et donc ?

Et donc…

Et donc, comme je suis une sainte, j’y suis allée forcément.

Petit restau sympas, un peu bruyant, salle au fond, planquée (mais pourquoi as-tu pris cette table cachée au fond à gauche puis à droite ?). Forcément, elle n’est pas venue, pour tout un tas de bonnes raisons, mais essentiellement parce qu’elle nous a cherché à droite puis à gauche et non le contraire. Alors elle est partie, juste avant nous, ou juste après, peu importe. The point is qu’il ne l’a pas vue.

–          Bon je vous ai perdus là ?
–          Heu…
–          Rassurez-vous, ce n’est pas si grave, car le plus fort, le cœur du billet est à venir.
–          …
–          Oui, vous pouvez aller vous faire couler un café pour lire la suite.

Or donc, on mange, pas de Miss, normal, appelons-là l’Arlésienne, il paye, normal depuis le temps que c’est moi qui l’invite, et je rentre chez moi, normal.

Et c’est là que nous passons dans la quatrième dimension. A peine partie qu’il m’envoie un texto pour me signifier que la miss nous a loupé à quelques minutes près… et que dépitée de ne pas nous avoir trouvés, elle est repartie de là où elle venait. Enfin delà où elle venait, ou presque puisqu’elle se dirige vers chez moi… Soit… Le temps passe, les textos s’échangent mais toujours pas d’Arlésienne… « Elle est garée dans le parking près de chez toi, me dit-il »… Comme je suis toujours une sainte, même si l’Eglise ne m’a pas encore reconnue comme telle, je sors de chez moi et vais la chercher. Lorsque j’arrive au parking, je repère sa voiture, et j’ai l’impression qu’elle fait un malaise… La tête en arrière, les yeux clos, elle a une main sur sa poitrine, comme si elle suffoquait… Je hâte le pas, et arrive à hauteur de sa portière, sans plus réfléchir, j’ouvre la portière d’un geste vif. Elle ne m’a pas vue arriver tout à ses occupations masturbatoires. La jupe retroussée jusqu’en haut des cuisses, elle se masse vigoureusement l’entre jambes d’une main alors que la seconde se perds sous son chemisier…

–          Oup’s excuse moi !

Je claque la portière, m’éloigne de quelques pas, « trouvée » lui dit mon texto… Mais impossible d’en dire plus… Elle est sortie de sa voiture rapidement réajustée, elle est au bord des larmes. Un mot de moi et elle s’effondre dans mes bras. Je suis gênée, mais je ne sais pas quoi lui dire, alors je la prends doucement dans mes bras, comme une enfant, et je lui caresse les cheveux… Elle sanglote, elle est un peu à bout, moi je suis bouleversée. Je lui propose de venir à la maison, prendre une douche et un café, ou le contraire… Mais elle refuse. Alors on s’assoit toutes les deux dans sa voiture. De la boite à gants, elle sort un paquet de cigarettes, m’en propose une. Je ne fume plus, elle non plus, alors on éclate de rire.

–          Tu es complétement folle de te palucher sur un parking, tu te rends compte que quelqu’un aurait pu te voir ?
–          J’en ai tellement marre de lui, de ne pas y arriver, d’avoir envie de lui, et que ça ne puisse jamais se faire…

On discute, un peu, beaucoup… Je lui dis : « tu te souviens la première fois, au café ? » Que de chemin parcouru… Elle était froide j’étais glaciale… Mais il y a eu cette étincelle inexplicable qui jaillit parfois de la friction des êtres ou des choses, miracle ou poésie…

Des fois il suffit de tellement peu pour être proche malgré tout. Malgré Tout…

4 réflexions sur “L’amour commence par une métaphore

  1. Wxug dit :

    J’aime (encore une fois) beaucoup comment tu racontes ça.🙂

    Mais hélas, j’ai peur de ne pas être assez ancien sur ton blog (et malgré quelques lectures en arrière) pour bien comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire (étonnante).🙂

    Bonne soirée !😀

    • M'é dit :

      Wxug, j’ai un mail pour répondre aux questions nébuleuses, n’hésites pas à l’utiliser, je réponds presque tout le temps, il suffit d’être patient🙂

  2. Cristophe dit :

    C’est extrait de quel roman ?

    • M'é dit :

      « l’amour commence par une métaphore », ça vient de « l’insoutenable légèreté de l’être » de Kundera….
      Si non, l’histoire est bien réelle, même si digne d’un roman… (de gare ?)

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