Archives Mensuelles: avril 2012

Regrets

Regrets – Mylene Farmer et Jean-Louis Murat, vers le début des années 90.

Je ne sais pourquoi, je me suis levée nostalgique ce matin. Mauvaise nuit. Le vent sûrement.
Quand le vent du sud ouest se lève, il souffle dans la vallée, et emporte tout sur son passage. Cette nuit, le ciel n’était pas couvert. Et je me suis longuement amusée à chercher les étoiles. Cette nuit, des pensées ont bouclé toute la nuit, m’empêchant de trouver le sommeil. Tournée, retournée dans le grand lit, j’ai fini par visser le casque sur mes oreilles et laisser défiler la musique…

Ce matin, les tulipes qui faisaient bouquet dans le verre ont fané. Signe qu’il est temps de partir. Demain, je remballe dans la roulotte et nous faisons route vers le nord, puis vers l’ouest…
Je ne sais comment, un vieux refrain s’est immiscé dans ma tête, un truc vieux, si vieux que j’ai dû fredonner pour remettre les mots à leur place :
N’aie pas de regrets
Fais moi confiance
Et pense
À tous les no way
D’indifférence des sens
N’aie pas de regrets
Fais la promesse
Tu sais que
L’hiver et l’été
N’ont pu s’aimer

Dix heures. Une voiture monte l’allée, tourne, s’arrête. J’attends que la porte s’ouvre, rien ne vient. Puis enfin le lourd loquet se soulève et retombe dans son bruit de fonte. Mais point de pas dans le couloir. Je doute. Ai-je bien entendu Lorelei ?
– j’ai rentré votre linge madame M’é, parce qu’il va pleuvoir
– ha ok… Moi qui pensait qu’il sècherait plus vite dehors…
– ha non, là il séchera pas ! Alors je vous l’ai étendu dedans !
– merci Lorelei…

– j’ai dormi jusqu’à neuf heure vingt, babillé-t-elle encore, j’en profite comme il est pas la. Il m’a dit qu’il rentrerai vendredi… Mais je crois que je n’aimerait pas être toute seule voyez vous, c’est trop triste…
– oui, je vous comprends… Parfois quand les petits étaient petits et que je venais ici, les jours où vous ne veniez pas, les dimanches où je n’allais pas au marché, je me disais : tiens, aujourd’hui, je n’ai parlé à aucun adulte… Et le lundi, j’étais contente de vous voir arriver !
– ha mais je crois que je ne pourrais pas, j’ai pas le goût à me faire à manger, à sortir, rien… D’ailleurs il m’a bien dit que le jour où il mourrait, je me remettrais avec quelqu’un d’autre…
– sûrement Lorelei…
– mais peut être pas un homme, juste un colocataire…
– il faut le prendre jeune, Lorelei, si non il faudra vous en occuper…
– ha ça oui ! Je vais en prendre deux de vingt plutôt que un de quarante, comme ça ils s’occuperont de moi !

Je souris, elle rigole. Elle imagine sûrement déjà les deux éphèbes qui viendront s’occuper de sont jardin à tour de rôle…
Je souris, elle file déjà avec l’aspirateur sous le bras…

Publicités

Lex, l’ex

Dura Lex, sed Lex.

Il est toujours là où je ne l’attends pas, toujours là lorsque je ne m’y attends plus.
À dire vrai, depuis nos derniers contacts il y a deux ou trois mois, il m’était complètement sorti de la tête. Oublié, zappé.
Je crois qu’on (enfin, « on » c’est je…) s’était dit un truc du genre : « rappelle moi quand tu auras les idées claires et un peu de temps pour un café »… Et puis, ça m’est sorti de à tête. Complètement. Il y a eu les vacances, le retour de vacances, et à nouveau les vacances… Oui, je sais, ma vie est rythmée par les vacances scolaires, et la succession des départs-retours en conséquence…

L’autre jour, donc, alors que le contemplais médusée la carte des résultats du premier tour, mon téléphone sonne en affichant son nom…
J’ai eu comme un moment d’hésitation à décrocher tellement j’en avais pas envie… Puis le doigt règle e à glissé sur l’écran, et la main à porté l’appareil à mon oreille…
– allo ?
– c’est Machin !
– ( je sais connard, ton nom est inscrit sur l’écran !) Hummm oui…
– J’appelais pour avoir de tes nouvelles…
– Mes nouvelles sont bonnes, merci.
– Je voulais savoir comment tu allais depuis la dernière fois…
– Je vais bien, très bien, merci.
– Non, parce que je voulais avoir de tes nouvelles depuis la dernière fois….

Je le laisse prendre ses rames et galèrer quelques minutes… C’est fou comme ce qui dit ne m’intéresse pas. Sans faire exprès, je lui commente un résultat qui vient de tomber, des chiffres de je ne sais plus quelle commune du sud de la France, où les premiers sont les derniers… « ça traduit un vrai malaise social quand même… »
Il embraye du mon implication politique, je l’arrête de suite : « non, tu sais, je m’en tape depuis pas mal de temps… » –aucune envie de faire de la politique de comptoir avec lui, voire de file d’attente de supermarché…

Il me propose une photo de son fils, il sait à quel point je suis sensible à la tristesse des pères divorces qui ne peuvent pas voir leur rejeton. « ha ? Tu as revu on petit ? », j’en suis contente pour lui… « non, tu sais ben… » Et là, c’est limité si sa voix ne se brise pas : « M’é, je ne sais pas comment faire pour le voir, il me manque tellement… »
– Bin, c’est pas si compliqué : tu sais où il habite, tu t’y pointés, et tu le vois….
– Oui, mais non… Tu veux sa photo ?
– Elle est récente ?
– Il a quatre ans dessus.
– (son môme doit avoir huit ou neuf ans aujourd’hui….) heu, non, je crois que tu me l’as déjà envoyé…
– T’es méchante…
– sûrement, mais là, j’ai vraiment pas envie de te râler, de t’écouter…
– j’appelais juste pour avoir de tes nouvelles, savoir comment tu allais…
– je vais bien, mes nouvelles sont bonnes… Alors je vais te remercier de t’en préoccuper, et te souhaiter une bonne soirée…

Et j’ai raccroché.
S’en sont suivi un certain nombre de SMS, plus imbibés les uns que les autres, tantôt agressifs, tantôt amoureux, tous désespérés.
J’ai éteint mn téléphone, et je me suis couché. Le lendemain matin, il y avait quarante trois messages de Machin. Je les ai effacés un par un, sans les lire.
Non, je ne suis même pas curieuse.

Google est mon ami

Avec le temps, je suis devenue une inconditionnelle du moteur de recherche. Un mot, une définition, un lieu à trouver, ou une paire de pompes…
Des gens aussi. Des gens que j’ai connu, que j’ai perdu de vue, que sont-ils devenus ?
La plupart du temps, Google trouve, Google est mon ami. Il me renvoie sur Wikipédia, ou sur eBay. Sur les réseaux sociaux aussi.
– dis donc M’é, où veux tu en venir ce matin ? (d’ailleurs, t’es pas déjà à la piscine ?
– non, pas encore, j’y vais tout à l’heure, avec une nouvelle planche anatomique… Dont je parlerais sûrement demain… Pour google, j’y viens…

C’est une petite satisfaction voyeuse que de retrouver les gens que j’ai connu dans le passé. Ce qu’ils sont devenus, et à quoi ils ressemblent. L’autre jours, je surfais sur un réseau social orienté pro, et j’ai fait une recherche sur les anciens de mon école. Sur ceux que j’ai croisé, une promo au dessus, une en dessous… Constat : si les nanas sont relativement bien conservées, les mecs sont pour la plupart chauves voire (très) bien dégarnis, pour ceux ayant encore du poils sur la tête, ils sont blancs, au mieux poivre et sel…
C’est moche.

– et ça te prend souvent d’aller voire les tronches de décrépis de tes anciens copains ?
– non pas très souvent. Mais épisodiquement.
À vrai dire, je cherche quelqu’un que je n’arrive pas à retrouver. Absent de l’annuaire des anciens, a pas dû payer sa cotiz’ ( par principe, le connaissant), je le cherche régulièrement, et en vain sur face de bouc. En vain, car il doit être archi opposé au principe de FB… Je le cherche régulièrement parce que parfois, les gens changent d’avis et finissent par s’inscrire… Ça c’est déjà vu. Je le cherche aussi sur copains d’avant… Mais je n’ai pas l’impression que le site ait le vent en poupe et que de nouveaux inscrits arrivent chaque jour… Au contraire ! Alors je le cherche sur les réseaux pro, la ou se trouvent les ingénieurs, les directeurs, les responsables… Tout en me disant, qu’il a peut être mué professionnellement, et fait de la spéléologie au fin fond de la Vienne… ( non, je n’ai pas trouve de département plus glamour, la Creuse étant bien trop connotée…)
Je voudrais retrouver Sylvain Boyer. À noter qu’avec un nom pareil, j’en retrouve un certain nombre de Sylvain Boyer, mais aucun n’a le regard pétillant, le sourire goguenard de celui que je cherche.

– et.. Tu voudras le retrouver pour quoi faire ?
– pour savoir ce qu’il est devenu…
– laisser tomber, il est devenu marié, bedonnant, père de trois ou quatre enfants sales et insolents…
– insolents, ça m’étonnerait, il était assez basé sur des principes le garçon… Sales ?
– sales : c’est pour que tu n’aies pas de regrets !


Si vous êtes Sylvain Boyer, onglet contact …