Comme un SMS

Je mange une fraise. Qui a passé la nuit tranchée dans une assiette de fruits frais. Elle a l’air flétrie, mais elle est bonne. Il ne fait jamais se fier aux apparences.

 

Arrivée à mi chemin du but. Bien arrivée. Arrivée sans retard. C’est la première fois que l’on est à l’hôtel avant dix heures du matin.

Accueil chaleureux, belles chambres, jolie vue. Piscine, coup de soleil, alcool local, grillades et fruits de mers. Et fruits d’été. Ce coin d’été au milieu de l’hiver est ma madeleine à moi.

 

Dix-sept heures, hammam. Il n’y a qu’ici que j’aime le hammam. D’abord parce que j’y suis seule, et puis parce qu’il a une odeur locale que je ne retrouve nulle part ailleurs. Mi nue sur ma serviette, j’attends que ma peau se liquéfie. J’aime le moment précis où de minuscules gouttelettes vont perler sur mes cuisses. Former des gouttes et finalement glisser sur ma peau.

Je glisse la main sur ma peau, cumul de gouttelettes finissent en rivières. Et ma tête s’évade de frôlements en feulements, de souffle court en contact de peau. Je ferme les yeux, je suis ailleurs. Moite et abandonnée à cette chaleur sèche. Je suis ailleurs et j’oublie tout le reste, l’instant d’un quart d’heure volé.

 

Plus tard, des femmes viennent se doucher juste à côté. Je me dis qu’elles sont impudiques. Pas très belles, pas très jeunes, mais naturelles. Elles discutent entre elles à toute vitesse, elles pensent que je ne les comprends pas. Sourire intérieur.

 

Plus tard encore, je suis revenue à la réalité familiale, room service et coucher tôt pour les Boulets. Coucher tôt aussi pour Monmari toujours aussi grognon… Je suis trop fatiguée pour lui rendre le sourire et la jovialité par la baise. Je dors d’abord, on baisera demain.

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L’Autre

Alors, non, je ne l’ai pas rappelé suite à son appel, suite à ses doux et elliptiques messages.

Et non, je ne lui écrirais plus, je ne l’appellerai plus.

C’est décidé, c’est fini.

Fini, fini, fini.

Il m’a gavée.

Marre de ses manipulations, de son manque de reconnaissance, de ses fausses propositions, qui ne sont que de véritables faires valoir.

Marre.

 

Non, je suis partie. J’ai un peu pensé à lui, car désormais voyages et évasions riment avec ses écrits de flâneur.

Je suis partie, parce que c’était prévu ainsi.

Alors j’ai arrêté de penser, je suis devenue automate : valises, taxi aéroport, heures de vol, re taxi etc… Jusqu’à destination.

Et là ?

Et là je voudrais juste rêver de liberté, me défaire du temps, de l’espace et des gens. Oublier. M’imprégner de l’instant, rien que de l’instant indépendamment de tout, de tous.

Essayer au moins…

Vers le lointain

Quand tu liras ces mots, je serais déjà loin. Partie vers le sud puis vers l’est, et encore au sud. Là-bas, loin, là où les océans se donnent la main, où les vents sont hurlants ou rugissants, là où les arbres poussent couchés, et meurent debout.

Je pars.

Je suis partagée entre l’excitation et la joie du voyage, et la peur de ce séjour familial et compliqué.

Je pars et j’emmène avec moi le regard triste de l’Un, la voix d’un autre, le souvenir et les pensées de l’Autre.

Je pars.

Je pars sans réelle envie de partir. Je pars sans réelle envie de revenir.

Juste je pars.