Archives Mensuelles: février 2012

Les vautours

Où l’auteure (oui, ça s’accorde) parle de problèmes essentiellement liés aux riches, les pauvres en ont certainement d’autres, mais les rapaces restent à distance et c’est un soulagement.

 

Tout passe. Elle disait toujours tout passe. Les funérailles sont passées. Tout c’est bien passé.

Il ne reste que les images dans ma tête. Son doux visage qui avait l’air de sourire, les gens qui tapent la discute dans la chapelle ardente –que j’aurais eu envie de mordre ! Le curé et ses deux heures de retard la veille, on se voit demain avant la messe m’avait-il dit. OK ! Je serais là à dix heures trente pour qu’on parle un peu… Dix heures trente sur votre montre ou la mienne ? LOL. Il était en retard aussi… Noté sur un post it les noms de ses filles, petits-enfants, arrières petits-enfants… A quoi, bon ? Il a oublié d’en citer les trois quarts. Passé la première ligne, trop long à lire… Par contre il  n’a pas oublié de récupérer l’enveloppe pour les œuvres de la paroisse… J’ai du mal avec les curés…

 

Tout passe.

Reste le poids du cercueil porté par nous tous ses petits-enfants et quelques amis très proches. (Note pour plus tard : comment font les gens qui n’ont pas de bras forts pour porter le cercueil de leur mort ? Ce n’est pas le petit monsieur –un mètre vingt, quarante-deux kilos, qui peut faire grand-chose…). Reste tous ces gens l’air contrit qui présentent leurs condoléances. Certains disent « sincères » en plus. On dit « merci »… On dit « merci d’être venus » au cimetière, un peu comme on dit merci d’être venus à un mariage ou à un concert d’un pote…

Et puis les gens se dispersent. Les proches se dispersent. La famille se disperse…

 

Tout passe.

De retour à la maison, il y a sa maison, juste à côté. Mausolée vide. Vide comme moi.

Le jour passe. Irréel. Le lendemain l’est tout autant. Il faut juste penser à manger, à sortir les enfants, à leur expliquer… l’inexplicable. L’immense mystère de la foi, l’immense puissance de la religion…

 

On se souvient d’elle avec joie. Avec des sourires attendris, avec des rires aussi. Mes plus beaux souvenirs sont avec elle. Toujours. Je vous les épargne… ne partez pas J

Dimanche de Parillada (bbq local), piscine, hammam… Je regarde la mer, si bleue, je suis automate.

 

Et puis lundi, il faut « bouger » il faut prendre des renseignements, savoir les marches à suivre, pour faire les « affaires ». Je suis d’une famille où on ne prévoit pas la mort. Personne ne fait « ses affaires » avant sa mort. « Après moi le déluge » pourrait être notre credo. On sait que les choses vont arriver, on les voit nettement venir, mais on ne fait rien en « prévision de… »

Alors les comptes sont bloqués, la société ne l’est pas, c’est déjà ça… Maman s’angoisse, se perd. Que voudra sa sœur ? On spécule sur l’influence de mes cousins (trois) alors que maman n’a que moi, moi qui vit à un océan d’elle…

Spéculations et énervements. Ils sont venus entourer leur mère, eux qui n’avaient pas été voir ma grand-mère depuis dix ans, ils sont tous là. On envahi la chapelle ardente, porté son cercueil, sourit aux condoléances. Ils sont là pour leur part, pour la part de leur mère. J’en ai la nausée…

 

Tout passe. Il faut connaitre ses adversaires… Alors on les invite, on se voit, on parle de tout de rien. De nos enfants qui sont forcément extra ordinaires…

Demain sera un autre jour… Tout passe, mais c’est si dur de « faire passer »…

(trop vide)

J’ai arrêté de mater à la piscine. Il était 17h35. Notez bien l’heure elle a dit. Alors j’ai bien noté l’heure.

Il faut l’habillez, elle a dit encore. Alors comme une automate, j’ai ouvert son armoire, et laissé ma main glisser sur la rangée de chemisiers en soie, tous biens repassés. J’en cherchais un qui soit clair, qui soit un peu rose, qui soit un de ceux que je savais faisait partie de ceux qu’elle aimait. Un qui ait les manches longues, pour qu’elle n’ai pas froid. Sauf que c’est difficile d’habiller un corps inanimé. Alors, on opte pour des manches courtes, plus faciles à enfiler… Et un gilet, celui qu’elle préférait. Un pantalon noir, un de ceux qu’elle n’a plus quitté depuis le décès de sa fille. –note pour plus tard : on ne devrait jamais survivre à ses enfants.

Je vais enlever la perf, et je dois lui bander la tête, pour lui fermer la bouche, avant que tout cela ne soit trop dur. C’est tellement incongru, tellement bizarre. Aidez-moi, me dit-elle encore. Je me vois faire. Ma reine, mon amour, ma raison d’avoir été ici, encore et toujours.

Elle est habillée, étendue là. Elle dort.

Il faut choisir la boite, trouver le curé, passer l’annonce…

Je ne sais pas comment j’ai réussi à faire tout cela… Je ne sais pas. C’est comme un devoir, comme une commission que je fais pour elle, parce que je ne supporterais pas que quelqu’un d’autre le décide à ma place.

Entre elle est moi, il y a toujours eu cette connexion. Toujours.

La veille au soir, je lui ai dit. Je lui ai dit que je la laissais partir, que je comprenais sa fatigue, qu’elle s’était battue comme une lionne, elle avait tenu, elle m’avait attendu, moi et les enfants. Alors que maintenant qu’elle avait tenu sa promesse, je la laissais partir, qu’elle serait toujours dans mon cœur, toujours et à jamais, qu’elle pouvait se reposer, se reposer en paix. Elle me fixait de ses beaux yeux bleus, si bleus. Après elle a passé une nuit apaisée. Le lendemain elle a dormi presque toute la journée. Et à 17h35, elle a poussé un gros soupir, son dernier.

J’ai ses yeux en tête, son regard dans le mien. Je regarde sa maison, et je ne peux me résoudre à cette coquille vide, si vide, alors qu’elle est encore si vivante en moi.

Cette nuit, je vais essayer de dormir. Cette nuit, elle repose paisiblement entre son époux et sa fille. Cette nuit, tout est fini.

Mater

même les zébres matent...

Je suis au bord de la piscine et je mate. Des hommes, des femmes, des enfants. Je mate, il n’y a que ça à faire dans une piscine d’hôtel. Mater et rester vigilent à l’homogénéité du bronzage. Moi l’homogénéité du bronzage, je m’en fiche. Dans deux semaines je rentre chez moi, en hiver, qui remarquera les marques de mon maillot de nageuse ? Qui remarquera que ma cuisse droite a plus souvent pris le soleil que la gauche ? Tout le monde s’en fiche. Et même si tout le monde ne s’en fiche pas, moi je m’en fiche.

Je mate les femmes. Elles sont bien plus belles que les hommes. Il n’y a pas de beau mec à mater. Même le surveillant de piscine est petit, banal. Quelle tristesse. Alors je réfléchis à la beauté des hommes. Il y a moins d’hommes beaux, que de femmes belles. Non, statistiquement, il n’y a pas de raison. Les proportions de traits fins, réguliers, surprenant ou attachants sont les mêmes, quel que soit le chromosome X ou Y…

Non, le truc, c’est que les femmes, qu’elles soient grandes, petites, minces ou grosses, prennent soin d’elles, s’arrangent, cherchent à être à leur avantage… Pas les hommes. Les hommes se fichent d’être poilus, bedonnants, bien coiffés ou rasés pile poil assez pour mettre en valeur le carré d’une mâchoire, la fossette de la joue, à peine ombrée…

L’autre jour, en vol pour le cul du monde, je matais le mec assis devant moi, en diagonale. J’avais en parfaite ligne de mire son profil, voire son trois quart droit quand il tournait la tête de part et d’autres. (Monsieur, si vous étiez à la place 21C lundi dernier, contactez moi). Je ne sais pas pourquoi il a attiré mon attention. Brun, cheveux long, un peu ébouriffé par les heures de vol, des traits fins, un nez droit –important le nez droit, peu importe sa longueur, l’essentiel c’est qu’il soit droit. Il avait des yeux clairs, une bouche fine, des lèvres bien dessinées. Il posait son menton sur une belle main, et ses paupières aux longs cils se fermaient un peu plus longtemps que l’habituel clignement. Fatigue, ennui ? …

Il m’a distrait pendant trois heures, au cours desquelles, je l’imaginais artiste, guitariste dans un groupe de rock, ou savant fou. Peut-être à cause de son t-shirt noir, moulant. Un corps dessiné, des muscles fins.

Quand nous nous sommes posés, l’avion s’est arrêté, les passagers se sont levés. Il s’est levé devant moi, il était petit. Il s’est effacé pour laisser passer son compagnon de voyage. Un grand roux, type irlandais, le type à être une outre à bière… Un peu plus loin, sur le tapis, le roux l’a enlacé, il a mis sa grande main dans la poche du jean du beau chevelu dans un geste d’appartenance ostentatoire qui ne pouvait laisser d’ambiguïté.

Mon bel homme de l’avion était en fait un homme-femme…

CQFD ?