Voyage définitif

Il fait chaud ; le soleil insolent me chauffe le dos, le cou, le derrière des bras. Je lui tourne le dos, pour ne pas être éblouie. J’ai mal aux yeux, j’ai trop pleuré, maintenant, je pleure dedans, il faut retenir, il faut faire bonne figure, il faut soutenir. Il faut être forte, du moins dehors, alors que je me noie au-dedans.

Quatre jours de voyage. Presque deux jours de voyage, pour deux jours sur place. Elle est si diminuée, l’ombre d’elle-même, elle est méconnaissable. Sa voix est faible, elle réclame à boire, l’infirmière lui donne de l’eau au compte-gouttes, elle a du mal à avaler. Après l’effort, elle se rendort. Elle n’ouvre pas es yeux. Je suis là, je lui dit que je suis là, elle fait un signe de la tête, mais elle est trop fatiguée pour ouvrir les yeux. Elle sent bizarre. Une odeur tenace, qui me colle à la peau. Moi je sens la transpiration, je pue sous les bras, j’en suis incommodée.

Je n’ai pas dormi depuis plus de 24heures, mais qu’importe. Dans mon lit, j’ai du mal à trouver le sommeil, sans cesses des images du passé se superposent à celles du présent.

Le lendemain, j’y retourne. Je le croise lui. Elle a ouvert les yeux pour lui, elle l’a pris dans ses bras, je suis jalouse. Contente pour lui, contente pour elle, mais je suis jalouse. J’ai les boules de na pas avoir été là au moment où elle était lucide. Je me dis qu’elle sas que je suis là, mais, ça ne me suffit pas.

Plus tard, elle ouvrira ses yeux magnifiques, d’un bleu transparent, et pas encore voilé, elle m’ouvrira ses bras et e serrera contre son cœur. C’est bête, maïs j’explose de joie, je pleure, je lui dis que c’est de joie. Un seul regard d’elle et tous les sacrifices, toutes les fatigues, tous les voyages disparaissent. Je suis heureuse, elle sait que je suis là, elle m’a vue. Tout ça pour ça, et j’en suis apaisée.

Les heures suivantes, nous avons eu l’occasion de discuter : je parle avec ma bouche, elle me répond de son regard, parfois des mots que je n’arrive pas à comprendre sortent de sa bouche, tant pis, je suis là, elle est là, elle sera toujours là, dans mon cœur. Je suis heureuse et apaisée, j’ai bien fait de venir.

Je suis dans la salle VIP de l’aéroport. J’attends, j’appelle à droite à gauche, amis, famille, mari. Je rentre.

Je m’ennuie, alors, je l’appelle. Je fais sonner son portable. A tout hasard. Mais je tombe sur une messagerie où l’on n’entend même pas sa voix. Tant pis, pas de message. Tant pis il verra que j’ai téléphoné. Il verra que je n’ai pas laissé de message.

2 réflexions sur “Voyage définitif

  1. Agoaye dit :

    Avoir été là, et montrer qu’on aime c’est le plus important. Même si ce n’est qu’un court moment.

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