Archives Mensuelles: août 2011

Captain, my captain

Le même sourire. Celui qui fait pétiller ses yeux. Des yeux bruns, bordés, un regard doux. Pareil, le même. Il est moins grand que dans mon souvenir, normal, j’avais quatre ans, peut être six, de quatre à six… par là. Avant, je ne me souviens pas. 

Il est arrivé un vendredi soir. Je remontais les enfants de la baignade rituelle, déchargeant paniers et serviettes mouillées devant chez eux. « Gaétan est là !» a crié Iseult, se précipitant vers la 307 blanche. J’ai d’abord vu un ado, blond, cheveux longs et bouclés. « Bonjour madame » il a dit… J’ai pris vingt ans. Puis Gaétan est sorti de nulle part, bise par ici, bise par là. Je n’ai pas voulu m’éterniser, estimant qu’après de longues heures de route, il aurait envie de se reposer.

C’est le jour suivant qu’on a un peu plus discuté. Les enfants étaient invités à l’anniversaire d’Iseult. La table était dressée à l’ombre des marronniers, un jeu de croquet installé à l’ombre. Gaétan observait de loin, assis à l’ombre d’un parasol publicitaire, en haut de le montée de la grange. J’ai d’abord fait un signe de main pour saluer, puis enfants installés, cadeaux ouverts, ne le voyant pas venir, je suis montée à lui.

–          Hello ! Tu ne descends pas ?

–          Bonjour M’éca, non, je suis bien ici…

–          Qu’est-ce que tu fais ?

–          Je cuve

–          O_o (oui, c’est la tête que j’ai fait si j’avais parlé tchat), tu cuves ?

–          (il me tend un verre de rosé qu’il sirote) un petit verre ?

–          Heu, non, je ne bois pas l’après-midi, ni le soir… ni jamais en fait… je bois rarement… pas très fortiche sur l’alcool…

–          C’est pas un mal…. Tu veux autre chose ?

–          (Son regard est si souriant, que j’ai envie de rester un peu), non ça va merci.

–          Tu veux t’assoir ? (il me désigne un fauteuil) tire le à l’ombre

–          Heu, oui, non, le soleil me va très bien.

–          Ok.

Il a posé son verre et bourre sa pipe. Il sent l‘alcool à un mètre. L’odeur de fumée, de vinasse me font fuir habituellement, mais là je n’ai pas envie de partir.

–          Tu bois, tu fumes… moi qui te croyais un grand sportif…

–          Mais je suis sportif, je nage une heure par jour et je cous tous les matins… J’ai un truc pour compter les pulsations, quand je cours, je suis à 110, je monte à 120 quand il y a une côte…

–          Haaa… oui… (en fait je n’ai pas la moindre idée de ce que peuvent être les pulsations cardiaques à l’effort, si un lecteur le sait, il peut partager sa science… )

–          Mais tu bois tous les jours ?

–          Oui. Pas dans la journée, sauf en vacances. Mais le soir chez moi, je bois du vin, ou du whisky…

–          Le soir ? tout seul ?

–          Oui. C’est l’armée qui m’a rendu comme ça. On boit beaucoup dans l’armée…

Il me raconte son Unité, son job, son grade… Son ex aussi, colérique, qui est partie, car elle ne voulait pas d’autre enfant. Il aurait voulu une grande famille. Il n’a qu’un fils, un week end sur deux et la moitié des vacances scolaires… C’est le lot des papas divorcés. Alors il boit, et il fait du sport.

 

Habituellement, j’ai un certain mépris pour les types qui se noient dans l’alcool pour oublier leur divorce. Mais lui c’est différent. Très différent.

J’ai toujours eu « beaucoup d’admiration pour lui », petite Gaétan était mon idole. Petite, j’étais la plus petite de la bande, la seule fille. Ils avaient tous deux, trois, quatre ans de plus que moi. Gaétan, le plus âgé du groupe, était celui qui avait le plus de patience avec moi

« Tu étais une princesse intouchable, me dit-il. Tu es toujours une princesse, toujours intouchable… »

« Tu étais mon idole », j’ai envie de lui dire, mais je ne dis rien.

 

On parle des enfants, de la vie de couple, de nos études, de nos pères. De ces années durant lesquelles on s’est perdus de vue, mais qui au final ne comptent pas.

 

Plus tard on ira se baigner dans la rivière. Mais contrairement à son frère qui aime a discuter avec de l’eau jusque sous les aisselles, Gaétan nage. Alors je nage à côté de lui. Synchro, jusqu’au pont, où d’un tacite accord, on fait demi-tour pour revenir au rocher.

Encore plus tard, il proposera à mes enfants de les promener en canoë, et apprendra à mon grand à faire du kayak.

« Viens dans l’herbe que je te montre comment on pagaie, lui dit-il » Mon fils le suit, moi je les suis des yeux. Puis Gaétan se ravise : « il peut venir dans l’herbe peds nus ? me demande-t-il.

–          Fais comme pour le tien, je te fais confiance… (n’oublie pas qu’il n’a que sept ans…)

Mais je lui fais confiance.

Inexplicablement.

 

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Les Quadras

Tears in heaven

J’ai très mal dormi. Des accords de guitare sont venus hanter mes rêves. Mélanges de souvenirs et d’idées folles. Dormi avec l’impression d’être éveillée. Réveillée par une migraine incessante qui n’a réussi à se diluer qu’après immersion dans le chlore.

 

Je me souviens d’un billet, d’un de mes premiers billets sur un blog oublié, où je parlais de la crise du tiers vie. La crise des trente ans en fait. Trente ans et l’horloge biologique qui se réveille, les prémices de l’instinct de reproduction : il faut que je trouve « le bon », il faut que je me reproduise, me clone, me conserve, me perpétue…

Crise sans incidence majeure à vrai dire. J’ai trouvé le bon (chaque poubelle a son couvercle…), je me suis reproduite, clonée, conservée, perpétuée. Tout ça dans la petite décennie qui me mène à l’anniversaire tant redouté (ou pas) : Mes vingt ans. Bon à vrai dire, les vingt ans de mes vingt ans… Ok quarante.

[mode merde ON : putain ça va faire dix ans que je blog !! hé bée… quel dinosaure, en plus d’être quadra… mode merde OFF]

[en fait être une dino de la blogo-boule, me consterne passablement plus que d’être une quadra]

 

Quarante ans.

Et alors ?

Quarante ans, mariée, deux enfants.

Et alors ?

Alors, tout va plutôt bien. Aujourd’hui.

Il y a quelques années, j’avais dit à ma cousine qui se traumatisait d’avoir quarante ans, quelque chose du style : « La vingtaine, c’est la décennie « des mecs », tu cherches le bon. La trentaine, c’est la décennie « des enfants », tu les faits, tu les gères. La quarantaine, mec et gamins sont faits, alors tu peux enfin t’occuper de toi. Vivement quarante ans ! ». Je crois qu’elle m’avait un peu ris au nez. Pas de façon très spontanée, plutôt un peu jaune. Ma cousine n’a pas beaucoup d’humour. Elle avait dû me dire un truc du style : « on en reparle quand tu auras des cheveux blancs ». Blancs ? mais j’en ai déjà ! « non, les tiens sont blonds, pas blancs ! ». Ok.

 

Et puis j’y arrive aussi à ces quarante ans qui sont pour ma gueule. Mon mari ? il va bien merci. Il ne fait pas toujours partie des meubles, il y a encore des sursauts de passion. Au bout de dix ans, c’est bien. Je suis consciente qu’on a fait le moins dur. Les dix suivants seront surement moins fun. Mes enfants ? ils poussent. Sont de plus en plus autonomes, et de plus en plus sympas en tant que personnes. Là on a fait le plus dur, on va peut-être avoir dix ans de répit avant qu’ils ramènent les copines tatouées-piercées et qu’on trouve des mégots de joints dans les poches de leur jeans… (Loulous, si un jour vous me lisez, le plus simple pour les mégots c’est de les rouler dans du PQ, les mettre aux chiottes et bien tirer la chasse, ça évitera de faire de la peine à maman…).

Et moi dans tout ça ? Moi, je me trouve plutôt mieux qu’à trente ans, et qu’à vingt. Alors oui, il y a les cheveux blanc (et blonds) et les pettes rides aux coins des yeux. Il y a les kilos de grossesses et la fatigue qui ne se résorbe plus aussi vite. Mais, aujourd’hui, je m’aime plus, je m’aime mieux qu’il y a dix ou vingt ans. Il serait mentir que de ne pas dire que j’ai fait « ma crise », ma petite révolution. Avant de m’aimer comme je suis, j’ai dû me retrouver. J’ai dû passer par d’autres aussi virtuels ou réels ont-ils pu être. Des Xn ou des Autre. J’ai malgré tout réussi à rester droite dans mes bottes, fidèle à mes promesses. J’ai juste trouvé une autre moi. Passée de fille, à mère, à femme. Aujourd’hui je suis femme (ou presque…) Je me trouve mieux dans ma tête, mieux dans mon corps. Je ne sais pas encore exactement où je vais dans cette nouvelle décennie. Mais je sais que j’y vais bien.

Je suis bien. J’assume mes choix, ma vie, j’assume mes fantômes, et les autres. Je suis juste moi.

M’éca IS.

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J’aime pas les mo(u)ches

M- aux cons

Moche et mouche, à une lettre près, c’est la même chose. Je n’aime pas les moches. Ni les mouches. Encore moins les moches qui font les mouches.

L’autre jour, mon amie Jane nous invite à prendre un gouter chez elle. En arrivant, elle nous annonce qu’elle est envahie de mouches. « Ha bon ? C’est curieux car nous habitons à 500 mètre et nous n’en avons pas plus que raisonnable»

–          Tu n’imagines même pas, on a mis le collant tue mouches, et trois minutes plus tard il y en avait cinq cent !

Elle exagère surement un peu. « I’ve killed hundreds » me baragouine son suédois de mari.

En effet, en arrivant sur le perron, chaque pas dérange des mouches posées à terre, une nuée de mouches, il y en a surement des centaines. Elles se posent partout, Jane les chasse, elles finissent par se poser au plafond. C’est une épidémie.

Dans l’évier marine la vaisselle de midi, sur la table, les miettes du petit déjeuner, une cuiller pleine de confiture, un bol de café, surement sucré. Toutes ces odeurs attirent les mouches, des milliers de mouches. Comment fait-elle pour vivre là-dedans ? Avec ses enfants en plus, dont un petit de dix huit mois…

Et les moches ?

On pardonne beaucoup plus facilement à quelqu’un qui est beau. Le charme d’un sourire, des dents bien blanches, bien rangées, une paire de fossettes, des yeux clairs, qui rient. A ceux-là, on leur pardonne aussi de faire les mouches.

« Sois belle, même si tu es conne, ça ne se verra pas –tout de suite. » Valable au masculin aussi. « Sois décoratif… et tais toi ».

Je n’aime pas les moches. Ceux qui n’ont rien pour eux. Et qui malgré tout se collent comment des mouches. Tapis dans l’ombre, collés au plafond, tournant autour de la confiture, ou du bol de café. Comme si cette proximité volée pouvait leur valoir un semblant de beauté, d’intérêt. Je n’aime pas les moches qui me tournent autour. Comme des mouches. Je n’aime pas les mouches.

Je n’aime pas les moches, mais ce que je déteste le plus se sont les cons. Car oui, il faut être con pour être moche de nos jours. C’est si simple de s’arranger, de faire un sorte de se trouver un peu de charme et de l’exploiter. Les femmes peuvent avoir recours au maquillage, une bonne coupe de cheveux, des fringues sympa. Les hommes peuvent faire un effort vestimentaire, soigner leur look, soigner leur cheveux, leurs dents… En réalité, Il y a peu de gens absolument laids. Même un mec très moche peut s’arranger, faire du sport, soigner son corps. Sans devenir un Camille Lacourt (hummmm chouchou !) ou un Galfi (hummm re-chouchou), un mec qui a une sale gueule, peut toujours avoir un beau corps. Et un peu de charme…

Il y a à la piscine, une nana qui incarne la laideur. Pourtant, elle est grande, a de la poitrine, les cheveux longs… mais un nez à sa face accroché telle Cyrano, des yeux rapprochés (il paraît que ce n’est pas un signe d’intelligence), la peau blafarde, une bouche pleine de dents écartées… Je la regarde souvent, elle arrive quand je pars. Et je me demande comment elle pourrait « s’arranger ». Le problème c’est qu’en plus d’être moche, elle est con.

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