Juste bien

Je suis bien. Putain ce que je suis bien. Je suis à l’optimum là. Soleil, transat, piscine. Un bouquin, des magasines, un peu de musique et même le wifi sur la terrasse ! Mais que demander de plus ? Heu ? Vraiment ? Vous voulez vraiment savoir ce qui manque ? Allez, je dirais deux jeunes éphèbes. L’un qui m’apporterait des expressos glacés, et l’autre qui me passerait de la crème sur le dos, les jambes, les bras, les fesses…. Wouuup’s je m’égare… C’est l’effet transat : ça me chauffe la peau et ça fini par me chauffer tout court ! Mais où est donc mon mari ? Ça sert à ça les maris non ? Au golf ? Non, il bosse à Paris au mois d’août… Il en faut…

Vieilles Pierres au mois d’août… Quelques amis de passage, quelques enfants dans le village, pas de sexe. Pouah !
L’autre soir (c’était hier en fait) je m’étais couchée tôt, avec dans l’idée de lire deux ou trois histoires érotiques et de laisser mon esprit batifoler (oui, on dit « esprit » en patois local pour parler de « doigts »…) largement en dessous de la ceinture (un peu au dessus aussi, j’aime bien mes seins). Alors que mes pensées  s’égaraient de plus en plus agréablement, the phone sonne…
C’est idiot ce réflexe de répondre avant de regarder qui appelle… De toutes façons, le numéro était masqué, tout comme l’inconnue derrière le combiné.
– je te dérange ? Que faisais tu ?
– je réfléchissais…
– je peux t’aider…
– mmmm…
– d’abord touche tes seins, voila… Le droit d’abord, sur le bord… Et dis moi comment sont-ils ?
– je commençais a durcir mes tétons juste avant ton appel…
– alors pince les un peu… Et un peu plus fort…
Maintenant, mets un doigt dans ta bouche puis écarte ton minou, est-il un peu humide ?
– a peine…
– alors mets de la salive sur ton doigt et caresse tes lèvres… Vers ton petit bouton. Tu peux faire des petits cercles autour jusqu’à ce qu’il soit bien dur…
– mmm…
– comment es tu ?
– sur le dos, les jambes pliées, un peu écartées…
– mets toi a quatre pattes, écarte bien les jambes et caresse toi. Imagine que je te regarde… Mets un doigt dans ton minou, est-il bien mouillé ? Tu peux faire des vas et vient, tout doucement…
– mmmm
– n’oublie pas ton clitoris, écarte tes lèvres que je le voie bien… Mets un deuxième doigt dans ton minou et enfonce tes doigts le plus loin possible…. Doucement… Tu aimes ?
– ….
A ce stade, c’est un gémissement qui s’échappe de ma gorge pour lui signifier a quel point ses réflexions me passionnent !
– pince-toi les tétons m’ordonne-t-elle… Et accélère les mouvements…
– je suis innondee… Et tres excitée….
– je veux t’entendre !
J’ai accélèree le mouvement et mes hanchent cadencent mes propres caresses, je sens le plaisir monter par vagues successives, je soupire et gémis…
– ne t’arrête pas ! Je veux t’entendre, imagine que je te regarde !
-….
Mon ventre se tend, mon vagin se contracte, je gémis, soupire… Et puis plus rien. Tout c’est passé très vite, sans que je m’y attende vraiment : un orgasme rapide et violent, de ceux qui laissent vautrée, prostrée, froissée, comme des draps blancs en boule après l’amour…
– ça va ?
Sa voix me surprend presque tellement je suis détendue et ailleurs…
– oui, oui… Je vais dormir maintenant…
– d’accord, bonne nuit et merci pour ces réflexions… Moi aussi elles m’ont fait du bien…
– de rien, bonne nuit
Mais déjà mes yeux se ferment, ma tête est vide, je suis bien, juste bien.

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Trois générations

Amis, what does it mean ?

C’est d’abord le bruit du moteur de sa voiture que j’entends. Il s’arrête le plus près possible de la porte. Chaque pas est effort, alors… Il a rapporté du pain frais, de la baguette, pour notre petit déjeuner qu’il dépose sur la table de la cuisine avant de partir de son pas trainant chercher les sept ou huit comprimés qu’il avale quotidiennement.

Dix minutes plus tard, il est de retour à la cuisine, avec sa poignée de pilules multicolores. Peut-être que l’on peut compter les années au nombre de comprimés que l’on avale ? (Tiens ça me fait penser que j’ai oublié d’avaler mon oeunobiol solaire… et capillaire, oui, je perds mes cheveux… le stress ? lol). Les enfants sont déjà partis, avalé le chocolat chaud et les céréales. Ils sont déjà devant la maison, chevauchant leur vélo, le tour de la cours est le tour de France, la baguette fraiche, ils s’en fichent.

Elle, elle coupe religieusement ses tranches de baguette, en trois, sur la longueur. Elle préfère toujours la baguette de la veille. Lui, s’effondre plus qu’il ne s’assoit sur sa chaise. Il pose ses pilules sur sa serviette en papier, elle lui propose du pain. Donne-moi ce que tu veux dira-t-il. Elle, ça l’énerve, le ton de victime l’agace. Il a pris le sachet de thé qui flottais dans son bol, et attends qu’il s’égoutte au-dessus du bol, pour finalement le poser sur la toile cirée où il laissera une petite flaque. Ses gestes sont lents, presque fatalistes. Ils veulent dire : je suis vieux, et alors ?

Et alors ? alors ça m’agace. Plus que ça m’agace, j’ai du mal à accepter. C’est si dur de voir vieillir ceux qu’on aime. Un pas vers le départ, celui qu’on n’est pas prêt à accepter.

L’autre jour, nous avons fait une visite –oui, on dit comme ça quand on va voir des amis de longue, longue date, des amis que l’on doit voir, où même si on sait que ça nous fait plaisir de les voir, on sait surtout que le moment  va être difficile en émotion.

Lui, il a l’âge de mon père, ils étaient ensembles en maternelle, ils ne se sont jamais quittés. Ils ont fait toutes leurs études ensembles, jusqu’à ce que l’un embrasse la médecine, et l’autre les mathématiques. Ils ne se sont jamais perdus de vue, leurs épousent sont amies, leur enfants sont amis, leur petits enfants sont en train de le devenir ces dernières années où ils se retrouvent chaque été. Sauf que lui, cet homme brillant, magnifique, beau et bon a la terrible maladie des vieux : Elsheimer, doublé de Parkinson… Depuis quatre ou cinq ans, on le voit décroitre. Il ne parle plus, ne mange plus, porte des couches, marche peu… Mais quand les amis d’enfance se retrouvent, son regard s’illumine, il arrive à articuler un « comment vas-tu ? » ses yeux sourient, et il lui prend la main. Ils restent longtemps tous les deux main dans la main, à se serrer, à se sentir, à se transmettre leur bonheur de se retrouver malgré tout. Autour d’eux le silence ému de leur proches, sa fille a les larmes aux yeux, je ne suis guère mieux. Il a l’air content aussi quand je vais le saluer, il prend ma main, je suis un peu gênée,  je lui parle, mais comment savoir s’il me comprend. Quand je lui dit tu te souviens de… il serre ma main. Je suis contente de te voir, ça me fait plaisir de te voir, regarde, ce sont mes enfants. Il lève les yeux et hoche la tête, il sourit. Sa femme me glisse à l’oreille : « il est content »

Nous avons passé l’après-midi autour de lui dans une ambiance terriblement émotive, terriblement forte. Nous sommes amis depuis tant de temps, et de générations. Trois générations réunies. Ce sont des amis, un peu comme de la famille. Nous ne nous voyons qu’une fois par an, mais à chaque fois la complicité est forte, l’émotion vive, les échanges forts.

Miko a été en Inde cette année, Héloïse est de plus en plus investie en politique. Dona, l’ainée de Miko a son permis de conduire, les deux petites ne s’intéressent qu’à leurs chevaux… Petites nouvelles de tous, moments exquis… Moments douloureux, aussi.

C’ets moche de vieillir, c’est moche d’accepter la maladie.

« Tu vois, me dit Miko, là il est bien… et rien que pour ça, rien que pour cet après-midi ça vaut le coup »… elle a les yeux plein de larmes. Miko est une émotive. L’émotion c’est contagieux.

Le soir, j’explique à mes enfants impressionnés par l’état du Monsieur qu’ils ont vu. « Maman, mais si l’ami de papy était avec lui à l’école, c’est qu’ils ont le même âge…  Est-ce que papy va devenir comme ça ?» J’essaye d’expliquer la maladie… « Papy est en bonne santé les loups… On peut devenir vieux sans forcément être malade… On peut aussi être jeune et malade… Il n’y a pas de règle, il faut juste profiter de la présence de ceux qu’on aime… »

Cougar

Do not disturb the Cougar

L’autre jour comme j’arrivais à la piscine en même temps que le maître-nageur de mes enfants, j’entends la femme de service le charrier sur sa coupe de cheveux : « mais tu as été au coiffeur ? »

Chez, madame, on dit chez le coiffeur… La vache va au taureau, mais Sébastien va chez le coiffeur… Enfin, je suppose.

Peggy, la femme de service est une femme simple au cœur sur la main, le genre de femme qui porte sur elle le fait que la vie ne l’ait pas ménagée. Alors, et je ne sais pas pourquoi, elle lâche : « Sébastien est un cœur à prendre ! »
–          Mais non Peggy ! Sébastien a quelqu’un dans sa vie…
–          …  (Sébastien a baissé la tête et s’affaire à ranger ses affaires dans son casier)
–          Non ? Non ? Non…

Peggy est partie plus loin, avec son immense machine à récurer les sols.

« Bin non » me répond-il enfin
–          Ha bon ? Mais tu ne m’avais pas dit que tu avais une copine avec des enfants de l’âge des miens ? Même que je voulais te proposer de les inviter jouer…
–          Bin, non, elle est partie.
–          (je suis un peu abasourdie, da sa tête, un couple c’est quelque chose de tellement solide..) Et ça fait longtemps ?
–          Mars…
–          Ha oui… bah, je suis désolée…
–          Il ne faut pas… Il ne faut pas…

Alors pour détendre l’atmosphère qui est devenue soudain si pesante, je lance mon célèbre «  un clou chasse l’autre ! Allez, y’en a plein des super bien ! » Je dis ça, et je sais que ce n’est pas vrai. J’ai près de moi des exemples qui hurlent le contraire… Mais je suis là pour nager, pas pour l’allonger sur un divan. Alors, je nage. Je nage te je réfléchis, comme souvent. Je réfléchis d’autant mieux que Sébastien est là pour compter mes longueurs et me dire « bon maintenant, tu vas faire deux longueurs en crawl, en respirant tous les deux temps, puis deux longueurs comme tu veux en récup, puis deux longueurs en respirant tous les trois temps, etc.  Jusqu’à huit temps »

Je réfléchis à mon histoire dont je suis en train d’accoucher, je réfléchis à mes persos, à un nouveau perso, un peu cougar, un peu mytho aussi, un peu comme nous tous, et toutes, un peu comme moi aussi. Je réfléchis et me dit que je vais devoir faire attention à ne pas trop déconner avec Sébastien, je ne voudrais pas qu’il se fasse de fausses idées sur mes intentions. Je réfléchis au fait que j’aime bien les petits jeunes, que j’aime bien mater à la piscine, je me dis qu’il a un beau corps ce maitre-nageur, qu’il a bien pris et que son bronzage lui va bien…

Je réfléchis et je souffle dans l’eau, et je suis bien, juste bien.