Incapacité congénitale

J’ai un problème. Depuis toujours, je suis incapable de choisir. Je suis congénitalement programée à l’impossibilité de choisir. Cette évidence m’a sauté aux yeux récemment lorsque je suis allée m’acheter une paire de baskettes. Une paire de baskettes. Une. La dernière fois que j’ai dû m’acheter des baskettes, ce devait être ne 1995… Elle sont toujours quelque part chez mes parents. Des vestiges… La dernière fois que j’ai dû mettre ces baskettes, c’était au siècle dernier. Genre en 1998 à Amsterdam avec M6… Alors, attention, quand je parle de baskettes, je ne parle ni de Converses, ni de Veja, ni d’autres chaussants plus ou moins à la mode comme les inénarrables Isabelle Marant qui ne passeront pas par moi. Non, je parle de baskettes, type « running », de vraies chaussures de sport, faites pour amortir les foulées, etc etc… Des trucs de sport quoi !

M’Eca et Sport… Antagonie !

Peu importe, me voilà livrée à moi-même dans un hostile rayon  « Runnings » au Décathlon du coin… Un mur de choix, un abîme d’interrogations… Frénétiquement, je textote mon homme… qui ne répond pas… Oui, mon mari est un homme sérieux qui n’a pas de temps à consacrer au lèche vitrine virtuel, surtout pour choisir des baskettes… (des sous-vêtements l’auraient surement d’avantage interpelés…). Le vendeur n’est d’aucune aide : « elle sont toutes bien, tout dépend de ce que vous voulez en faire mademoiselle »… Un pot de fleur ! Je veux m’en servir comme pot de fleur, imbécile ! Et je ne suis pas « mademoiselle »… Le pote sportif n’est d’aucune aide non plus. Lui au moins répond quand on l’appelle : « demande à un vendeur (…), essayes-le (woué woué woué… ), prend les plus jolies (là je comprends !) »

Alors les plus jolies… Là j’ai un vrai critère de choix. Mais, il faut choisir… Trois quart d’heure plus tard, j’ai mis le rayon en vrac. J’ai jeté mon dévolu sur des machins un peu bleues, j’aime bien le bleu… Bien amorties, de prix moyen haut, et… Et je tergiverse entre trois paires. Je tergiverse, je tergiverse… Deux paires de baskettes ne servent à rien. Déjà qu’une paire me dure quinze ans… Alors deux, j’en aurais jusqu’à la maison de retraite ! Mais je doute encore… L’une ou l’autre…

S’il s’était agit d’escarpins, j’aurais pris les deux, des escarpins, même similaires servent toujours. Surtout que j’ai arrêté de grandir du pied depuis que je ne fais plus d’enfants. Deux paires de converses  se justifieraient encore : une paire d’été une paire d’hiver… Mais des baskettes ?

Je n’ai jamais su choisir. Choisir c’est accepter de perdre l’un pour avoir l’autre. Choisir c’est faire son deuil de l’autre… Oublier l’autre au profit de l’un. Oublier l’Autre au profit de l’Un.

Je ne sais pas faire mon deuil. Je ne veux pas faire mon deuil, je ne veux pas oublier, je ne veux pas (le) perdre… Je veux tout garder, comme autant de bons moments à ranger dans un coin de mémoire, à ressortir les jours de pluie. Ne pas oublier, ne pas sacrifier, se souvenir, toujours… Tout garder…

Je pensais… mais après conversation avec ma copine psy le problème du Choix (du refus de celui-ci) est un problème avec la Perte. « Choisir, c’est perdre l’autre » m’a-t-elle sourit. Je ne sais pas pourquoi, ça l’a fait sourire… peut être parce que depuis le temps qu’on discute en regardant tourner les poneys, on fini par se connaitre…

J’ai deux paires de baskettes. Bien amorties, moches à souhait. Une pour la forêt, l’autre pour la ville… Elles sont bleues et grises, et bleues et argent… Il n’y a que la semelle qui change…

Pourquoi choisir tant que l’on n’est pas obligé ?

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3 réflexions sur “Incapacité congénitale

  1. Quadramatique dit :

    Ca me fait penser au texte de Desproges dans le « Manuel de savoir-vivre à l’usage des rustres et des malpolis » (j’imagine que tu le connais, sinon tu peux le lire ici: http://membres.multimania.fr/erviaf/desproges/collabo.htm). « Choisir, c’est perdre l’autre » … Jolie, la définition de ta copine!

    • M'Eca dit :

      Merci pour le lien Quadra ! Non, je ne connaissais pas ce texte là…
      Quant à la définition de ma copine : elle est en Master II de Psycho… ceci expliquant surement celà..

  2. Toi, je t’aime déjà.
    Ok, en blanc et en noir, le maillot… ^^

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