Trois ans

Il paraît que l’amour dure trois ans. Enfin c’est ce que prétend le film… Trois ans, c’est long et c’est court à la fois. Lorsque je regarde en arrière, il y a trois ans…

On était en plein travaux de la nouvelle maison. Maman venait à disparaître subitement. Les garçons commençaient les concours en équitation… Je partais seule avec eux aux championnats de France où le petit montait deux fois sur le podium, et le grand au carré d’honneur. Papa n’avait pas encore perdu la tête, et je pouvais compter sur lui pour discuter…

Il y a deux ans… je me rappelle de peu de choses à vrai dire. Une année comme dans un tunnel. Sombre, et distante. On a déménagé, j’ai eu du mal à vider l’ancienne maison de toute la vie que nous y avions mis dedans en presque 15 ans. On a fini par la mettre en location. Papa a commencé à dérailler sévère. Le premier Noël dans la nouvelle maison. L’arrivée de Princesse L dans ma vie.

L’an dernier… encore de l’équitation, beaucoup. Des championnats en demi teinte, pour les deux. Des vacances aux Vieilles Pierres avec beaucoup d’amis de passage. Des vacances fatigantes. Et puis l’envie de changer, de basculer, d’enfin m’occuper de moi. L’envie d’écrire.

Trois ans… en quelques lignes, quelques bribes. Trois ans pour aller mieux. Un peu mieux. Sauf là. Là, ça fait pile trois ans que maman est partie. Et depuis quelques jours, j’ai l’impression d’attendre ce sinistre anniversaire. Comme si quelque chose allait se produire. Comme si, soudain, le deuil allait être fait, qu’enfin je passe à autre chose. Comme si je pouvais oublier cette horrible nuit, cet horrible jour, cet horrible cauchemar. Comme si par un quelconque miracle de Pâques, j’allais me réveiller, et que rien de tout ça n’avait existé.

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Ma peau

L’heure aura ma peau.

D’abord le jet lag dont je ne voulais pas me remettre, puis cette fichue heure d’été…

Et puis ce concours sous la neige l’autre dimanche, froid, vent… Bourrasques tourbillonnantes… Une semaine pour m’en remettre, la crève à l’appuie.

– T’arrête de te plaindre ?

– Non, ici, je suis chez moi, je dis ce que je veux, je fais coque j’veux. Y’en a bien des qui effacent leur blog article par article l’air de rien…

Ce matin, c’est la pluie qui claque sur les vellux qui m’éveille. Il est presque huit heures, les enfants ne vont pas tarder à disparaître pour quelques heures. Et moi, je vais retrouver ma chère solitude.

J’envoie valser

Il fait beau, très beau. Et moi je suis défoncée. Je n’arrive pas à me recaler du jet lag. Pas envie de me recaler non plus. Je tombe de sommeil à dix heures du soir, à deux heures du mat je ne dors plus. Et je n’ai plus envie de dormir avant cinq ou six heures… à sept heure Bourdin TV se met en route avec son lot de nouvelles inintéressantes. À huit heures les enfants partent à l’école, le mari aussi, et moi je suis juste défoncée face à ma tasse de petit déjeuner.

J’ai la tête vide, vidée. Des projets, des choses à faire, des copines à appeler, la chienne à promener –en plus, il fait très beau. Mais je n’ai envie de rien.

Hier ce méssage what app de l’avocat m’a anéantie. Papa tourne encore en boucle. Forcément je n’ai pas envie de m’en rendre compte quand je l’ai au téléphone. Au fond de moi, je le sais : quand ça dure une minute et demie, c’est qu’il est loin, très loin de la réalité. Il est seul, et dans sa tête, c’est le bordel, je le sais, je n’ai pas envie de le voir. Je ne peux rien faire. Rien de facile. Et je n’ai pas envie de compliqué.

Ça m’a un peu cassé le moral tout ça. Ça et le fait d’être rentrée.

Je n’avais pas du tout prévu d’écrire sur ça aujourd’hui. Je voulais rebondir sur ce mail d’anniv où je disais à mon Chouchou qui entre dans la quarantaine, qu’après les twenties où on se cherche, où on cherche l’autre idéal, les thirties, où l’ayant trouvé, on se reproduit et ça nous bouffe un peu, il y a ces fameuses forties, où enfin on peut être au cœur de nous-mêmes et s’épanouir. Je finissais en lui disant que pour les fifties, je ne pouvais pas lui en parler.

Et puis je me suis souvenue de l’Autre qui a l’orée de ses fifties avait décidé de tout envoyer valser pour aller se perdre sur les plus petits points entourés d’eau de la carte. Je suis comme lui en ce moment, le nez sur Google map, je cherche les petits points qui feront mes grandes destinations. Et surtout, j’envoie valser.